Il y a 10 ans, personne ne connaissait ni n'utilisait le terme tiers-lieu. En 2026, le valenciennois voit l'émergence de ces endroits, pas tout à fait labelisés, ne répondant à aucun cahier des charges spécifique, mais qui ont en commun une évolution naturelle des pratiques culturelles et sociétales pensées par leurs dirigeants. Avec Chez OSCAAR à...
Dossier : décryptage sur la notion de tiers-lieu, de chez OSCAAR aux émergents
Il y a 10 ans, personne ne connaissait ni n'utilisait le terme tiers-lieu. En 2026, le valenciennois voit l'émergence de ces endroits, pas tout à fait labelisés, ne répondant à aucun cahier des charges spécifique, mais qui ont en commun une évolution naturelle des pratiques culturelles et sociétales pensées par leurs dirigeants. Avec Chez OSCAAR à Marly qui fait figure de fer de lance, et d'autres endroits qui désormais empruntent le terme tiers-lieu comme la Grange aux Idées de Estreux et la Barjo de Onnaing, on assiste à une démocratisation de l'appellation. A Fresnes sur Escaut et sur la Porte du Hainaut, ce sont des volontés politiques qui encouragent l'émergence de tiers-lieux, et si on y regarde bien les diverses actions menées par la MJC de St Saulve depuis plus de 30 ans, elle pourrait aussi s'inscrire dans cette thématique. Décryptage du phénomène tiers-lieu en compagnie du représentant de l'antenne du Hainaut, François Wozniak.

Pour faire l'historique des tiers-lieux sur le valenciennois, intéressons nous dans un premier temps à la création de la FLAC, même si vous le comprendrez par la suite, l'association et Chez OSCAAR ne sont pas à confondre dans leurs fonctionnements ni dans leurs appellations. C'est à Valenciennes, dans un local nommé l'Alternateur qui servait de laboratoire artistique à Naïm Abdelhakmi de Ardestop que François Wozniak a trouvé l'envie de dédier un lieu aux pratiques, un pied à terre qui symbolisait la convergence des envies. « Il y avait le collectif Mind ou La Famille », se souvient François, « et ce qui manquait c'était un cadre associatif, la base de la prise de décision collégiale ».

C'est tout un réseau de compétences qui a réfléchi au projet, qui verrait sa concordance dans une fédération au statut associatif, et un lieu aux pratiques culturelles, sociales et solidaires. Pour ce faire, il fallait d'abord regarder les modèles déjà existants, « quand on y pense la MJC de St Saulve remplissait déjà certains critères ».
Une remarque très à propos qui va dans le sens de ce que nous a dit le directeur Thierry Rungette, « avec nos ateliers, salles de répétitions, l'espace Athéna, ou nos actions auprès des habitants et des familles, c'est vrai que ça ressemble beaucoup à ce que l'on attend des tiers-lieux désormais ».
Une autre inspiration viendrait de ce qui se passait en Allemagne avec les Hackerspace, « des endroits où on réfléchissait à rendre le monde meilleur », selon la définition donnée par François.

Des modèles dont il fallait désormais s'inspirer pour donner une réponse à un territoire, « car chacun a ses spécificités ». D'ailleurs à bien y regarder, si le logo de la FLAC vous rappelle l'ensemble des communes qui constituent les deux communautés d'agglomération de Valenciennes Métropole et de la Porte du Hainaut c'est tout sauf un hasard.
Les missions et la situation géographique étant identifiées, il fallait alors se donner les moyens et les compétences de les réaliser. Des étapes qui se sont enchaînées, il y a eu une incubation de l'association auprès du STAJ, « où les représentants ont réussi à nous convaincre que le projet avait du sens », et François a aussi validé un cursus à l'UPHF sous la forme d'un master développement local pour économies sociales et solidaires.
Une formation qui vint compléter ses compétences acquises au CMA dans le management des projets artistiques. Bagages et bureau de l'association sous le bras, il était temps d'aller vers ceux qui défendaient le modèle du tiers-lieu.

François a trouvé l'accompagnement recherché auprès du réseau local de coopération des tiers-lieux. D'ailleurs à ce jour, une page leur est dédiée sur le site officiel de la FLAC, une mine d'infos en ligne qui explique tenants et aboutissements de la formule de structures, avec en complément cette main tendue pour s'inclure dans la dynamique.
En dépit de l'aide apportée par le réseau, une réalité est apparue avec leur ancrage sur la métropole lilloise, et ce qui se passe à un endroit ne serait refléter les besoins d'un autre. Une décentralisation était nécessaire, avec l'ouverture de chez OSCAAR le Hainaut pouvait se doter d'une antenne.

« c'est l'évolution d'un travail et d'une vision, quelque chose qu'on ne force pas, qui vient en apprenant sur le tas »
Mais avant cela, un enjeu de taille se dressait devant François et son équipe : « le risque d'ouvrir une coquille vide ». Sans savoir quelle serait la couleur de chez OSCAAR, la FLAC avait déjà identifié ce qu'elle ne voulait pas, « une salle culturelle ça fait peur, ça existe déjà sous de nombreuses formes sur le valenciennois, et ça restreint d'entrée le champ du possible ».
Car si on veut allier culture, social, ou accompagnement sous diverses formes, c'est quasiment un format qu'il faut inventer. C'est pourquoi François insiste sur le fait qu'un tiers-lieu est tout sauf quelque chose de figé dans sa forme : « c'est l'évolution d'un travail et d'une vision, quelque chose qu'on ne force pas, qui vient en apprenant sur le tas ».
Pour illustrer ce propos, celui qui est désormais à la direction aux côtés de Cécile Gervaix nous parle de débuts sur les chapeaux de roues en dépit du contexte particulier de 2020 et la crise sanitaire, auxquelles ont succédé ensuite des périodes de hauts mais aussi de bas sur la fréquentation. Avec toujours en tête la nécessité de mettre la concertation au centre du processus, la FLAC a ainsi organisé des sessions Effervescence Collective, le socle de la gouvernance partagée.

« C'est quoi votre truc ? ». François s'amuse de cette réflexion qu'il entend encore aujourd'hui. Mais au lieu de laisser la question en suspens, la rhétorique permet d'ouvrir une autre porte, celle de la pédagogie et de l'accompagnement.
C'est là que l'antenne du Hainaut du réseau des tiers-lieu trouve son sens et son utilité. Lorsque la Barjo à Onnaing a ouvert, il y avait une ambition de partager les arts et de mettre en avant ceux qui les produisent, même chose du côté de la Grange aux Idées de Estreux, le lieu se voulait comme un nouveau maillon de la culture locale en mettant l'accent sur la nécessité de faire rayonner le valenciennois rural.
Mais aucun ne se voyait comme tiers-lieu, « si ils sont d'abord là pour créer des liens, la Grange aux idées est bel et bien un tiers-lieu » nous dit François Gérin en assumant le chemin pris pour sa structure.

Ainsi parmi les différentes fonctions qu'il partage avec Cécile Gervaix, le volet conseil et accompagnement remplit allégrement l'agenda de François. Il y a des apéro tiers-lieu, « où on peut voir aussi bien des représentants de structures qui se demandent si leur démarche s'inscrit dans l'idée qu'on s'en fait, ou même des particuliers qui viennent par pure curiosité ».
François est également sollicité sur l'émergence de nouveaux lieux. Ce fut le cas à Fresnes sur Escaut sur le dossier de la gare, « assez particulier car j'ai bien expliqué à madame le maire qu'on sortait des compétences de simples employés de la ville pour faire vivre le lieu et ses contraintes ».
Mêmes conseils prodigués sur la Porte du Hainaut notamment auprès de Tous Azimuts et leurs partenaires qui travaillent sur la mue de l'école d'arts vers le concept de l'entre deux lieux et ses deux antennes sur Mortagne du Nord.
Enfin dernier bébé sous incubation avec Carabistouille, porté par l'auxiliaire de puériculture Julie Roche qui selon l'article que lui a dédié nos confrères de la Voix du Nord a pour ambition de « développer sa communauté et s'adapter aux besoins des familles ».

A chaque tiers-lieu sa couleur et sa dynamique, ça serait peut-être la seule définition à donner à ce concept sans étiquette ni label. Une ligne claire néanmoins à garder en tête, celle de « l'évolution naturelle » insiste François. L'exemple de l'entre deux lieux à Mortagne du Nord et la volonté de la Porte du Hainaut de soutenir les projets émergents et déjà existants prouvent que pour certains on y voit plus clair dans la démarche.
Concernant la spécificité de chez OSCAAR, deux offres illustreraient l'ouverture apportée à ceux qui fréquentent l'endroit. En l'occurrence les soirées Open Mic qui est le rendez-vous des amateurs de culture hip-hop, et Parole d'auteurs du Printemps Culturel où la poésie se partage entre intervenants. Un rapport devient évident entre les deux, celui du jeu sur la langue et l'expression orale, « et on voit bien là que des participants à l'un peuvent s'intéresser à l'autre, sans œillères et ça casse des apparences élitistes ».

Un tiers-lieu et son existence physique est un avantage, mais il serait aussi un piège, et le cas de la FLAC et chez OSCAAR illustre ce fait. D'un côté vous avez l'association qui a pour but de briller sur un territoire, et de l'autre un endroit dédié aux pratiques et au lien.
Ainsi un des enjeux actuels est d'endiguer cet écart de langage que font beaucoup de gens quand ils disent qu'ils « vont à la FLAC », et non c'est chez OSCAAR que vous allez. Car du dispositif Regards avec la MJC de St Saulve et les partenariats avec les Nymphéas, l'UPHF ou le CMA, ou diverses actions auprès de scolaires et de centres sociaux pour ne citer qu'eux, la FLAC existe au delà du tiers-lieu. Le rôle spécifique de Simon Lorenço qui est chargé d'actions culturelles hors les murs illustre ce fait.
Désormais les tiers-lieux existent sur le grand valenciennois, de nouveaux arrivent quand d'autres structures assument l'appellation, et toujours rien n'est gravé dans le marbre. Si ce sont des lieux de vie, la définition voudrait qu'ils puissent grandir et évoluer, avec ceux qui les fréquentent pour en donner la couleur et justifier leurs fonctions.
Si on veut faire du culturel, du social et du solidaire, traiter à la fois des notions d'écologie, de respect de l'individu ou de l'inclusif, il n'y a pas de secret nous dit François Wozniak: « il faut savoir entretenir ».
X.V.
Aussi vrai que chaque action amène une réaction, la RDA des années 80 a vu l'opposition d'une rigueur d'état contre l'envie d'expression d'une jeunesse, et cette dernière sera dans un cercle vicieux à nouveau oppressée pour rentrer dans les standards imposés. Une mécanique perverse dont a témoigné Christiane Eisler et qui est présentée au Centre...
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