Comment une œuvre habite un lieu ? Réponse avec les expos de l'H du Siège

18/09/2026

Quand on parle de culture, les définitions pleuvent. Autant de visions culturelles que d'arts, autant de pratiques que d'amateurs, voire même de détracteurs. A l'H du Siège, culture serait synonyme de commun et d'ouverture, en somme d'humain. Car qui d'autre que l'être humain aurait cette ingéniosité de transposer une rouille qui se forme sur une plaque de métal vers du papier, le tout dans une optique de tromper l'œil ? Ou même, n'est-ce pas la nature de notre espèce de déplacer le minéral, pour lui trouver une fonction et un usage, et nous raconter des mouvements dans la nécessité de s'adapter à un environnement ? Les expositions 250 grammes de Joëlle Jakubiak ainsi que Fil et faille, meute par Götz Arndt sont de ces cultures, et à l'H du Siège c'est ce que l'on cultive jusqu'au 21 novembre.

Götz Arndt et Joëlle Jakubiak entourés de Pascal Pesez et Henri Duhamel de l'H du Siège
Götz Arndt et Joëlle Jakubiak entourés de Pascal Pesez et Henri Duhamel de l'H du Siège

Que ça soit Côté cour ou Parcours, les deux expositions qui sont présentées à l'H du Siège ne sauraient s'opposer de chaque côté du bâtiment de la rue de hôpital de siège de Valenciennes. Le centre d'art contemporain d'intérêt national a pour missions de montrer la diversité des artistes contemporains, de provoquer la rencontre, et c'est de façon naturelle que les convergences apparaissent. « Il y a comme un parallèle, ou une bonne résonance », dit Götz Arndt à Joëlle Jakubiak en parlant de leurs démarches respectives. 

En effet, que ça soit dans 250 grammes ou Fil et faille, meute, on nous parle de construction, de ses matériaux, de leurs usages détournés mais qui au fond garde cette volonté de créer faute de bâtir. « Comment une œuvre habite un lieu tente à répondre à la question de savoir comment on habite le monde », nous dit le directeur Pascal Pesez. Des artistes aux représentants de la structure, le ton est donné lors du vernissage du vendredi 11 septembre, on parlera matière qui s'assemble et qui se transpose.

Débutons cette visite Côté cour, où le mot d'ordre serait Impression. Car dans l'installation intitulée 250 grammes présentée par Joëlle Jakubiak on a tout d'abord l'impression d'avoir à faire un ensemble rigide comme de l'acier, on y croit d'ailleurs dur comme fer. Mais en discutant de sa démarque avec l'artiste on se rend compte que ces tiges posées à même les murs, ne sont pas rouillées de par leur nature oxydable, mais qu'il s'agit en fait de feuilles de papier sur lesquelles ont été transposées la matière orangée en décomposition, et on a là notre autre impression. 

A la question de savoir si on est dans l'ordre du trompe l'œil, l'artiste répond par l'affirmative sans hésiter. Ces 32 pièces composées chacune de 2 feuilles viennent bousculer nos certitudes, on se doit d'être attentif pour venir contredire ce que notre vue vient nous apporter comme information première. Ces barres ne sont pas lourdes comme l'esprit l'imagine, elles pèsent à peine plus que leur grammage de papier qui supporte la rouille transposée. 

« On aurait envie de toucher pour savoir si c'est poudreux », la médiatrice culturelle Adeline Delobel en appelle à un autre sens faute de pouvoir se fier à sa vue. On reste comme subjugué par cette vague de tiges, qui dans leur effet de répétition martèlent en nous une incertitude.

De la rigidité apparente des tiges, d'autres matériaux aussi solides nous attendent de l'autre côté de la cour. Götz Arndt y présente Fil et faille, meute dans le cadre d'une exposition « parcours », et effectivement il y a une idée de chemin qui sillonne dans l'installation. 

De ce bloc de cailloux qui vient inconsciemment tirer l'image d'un terril au nordiste en nous, à ces longues tiges de fer qui prolongent la narration au pied de ce mur au premier abord immaculé, pour aller nous emmener vers cet ensemble de pièces aussi pointues et triangulaires que l'ensemble qu'elles forment, on tient là un autre « parcours ». 

Götz Arndt nous parle ici d'adaptation voire de résilience, son groupe de pierres qui fait l'effort de se courber pour contourner un pilonne illustre ce fait. « Le confinement de la forme » nous dit l'artiste pour nous parler des contraintes et des possibilités qui s'offrent à lui. Car chez Götz Arndt le mot d'ordre est In situ, ce que vous verrez à l'H du Siège ne pouvait exister qu'à l'H du Siège, les matériaux qui composent les œuvres portent leur histoire, mais sa façon d'être racontée n'aura pas le même écho en fonction du lieu.



« C'est quoi ce caillou ? », demande la jeune Lola à sa professeur. Si la collégienne de Saint Jean Baptiste de la Salle pose la question c'est qu'elle a bien compris que ce « caillou » n'est plus forcément « qu'un caillou » dans ce contexte d'exposition. 

Lola est là pour assurer le service des boissons et amuse-gueules pendant le vernissage, une mise en situation pour cette élève en hôtellerie qui découle d'un partenariat avec le centre d'art. Mais quitte à venir passer les plateaux dans une exposition, autant connaître son environnement, et c'est là aussi l'idée de cette mise en situation. 

Les élèves du collège valenciennois viennent visiter l'H du Siège avec leur professeur d'arts plastiques, lors du vernissage c'est Stéphanie Decroix enseignante en cuisine et service qui assure la partie décryptage, forte de son DEUG en arts du spectacle et de son intérêt personnel pour la culture. 

C'est en terminant notre visite avec ce petit groupe que la remarque de Pascal Pesez sur le monde que l'on bâtit trouve un nouvel écho. Tels les gravas de l'installation de Götz Arndt, la vision d'ensemble rend l'effort individuel plus conséquent.  

X.V.

250 grammes de Joëlle Jakubiak ainsi que Fil et faille, meute par Götz Arndt sont visibles jusqu'au 21 novembre à l'H du Siège, centre d'art contemporain d'intérêt national.


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