« Nul », « à chier », « bande de nazes », un florilège de commentaires en ligne de ceux qui n'ont pas vécu cette 28ème édition des Turbulentes. Par contre les réactions sont évidemment diamétralement opposées pour les dizaines de milliers de festivalières et festivaliers qui sont venus lors des trois jours. Le festival a su une fois...
Turbulentes : un festival comme une réponse au négativisme
« Nul », « à chier », « bande de nazes », un florilège de commentaires en ligne de ceux qui n'ont pas vécu cette 28ème édition des Turbulentes. Par contre les réactions sont évidemment diamétralement opposées pour les dizaines de milliers de festivalières et festivaliers qui sont venus lors des trois jours. Le festival a su une fois de plus créer un réseau et du social, et provoquer des émotions qu'on n'aurait pas vécu si on se contentait de nos zones de confort. Retour sur l'événement en réponse à certains avis, comme une affirmation que les arts doivent plus que jamais envahir l'espace public, pour d'aller vers ceux qui ne feraient l'effort de s'y intéresser.

Et si on s'inspirait de la Ktha compagnie, qui avec Ma joie comme tranchée nous apprend que la colère peut être salvatrice si on sait l'exprimer ? Car de la colère, on pouvait légitimement en avoir à la lecture de certains commentaires sur les réseaux sociaux, sous nos publications et d'autres qui ont relayé les Turbulentes.
On y trouvait des collections de négativisme et d'obscurantisme, si faciles. Et la facilité, c'est tout sauf l'esprit du Boulon et ses partenaires, bien au contraire la volonté est réellement de se servir de l'espace public pour repousser frontières et carcans. Des commentaires aussi contre-productifs qu'un mansplaining, une pratique dénoncée en danse et en vivacité par les danseuses de Chao.s lors de Soro !
Lorsque Djou Ls réclame « une bonne pluie pour nettoyer ce bordel », il n'imagine pas qu'aucune averse ne saura venir effacer les sentiments vécus aux Turbulentes. Surtout que la pluie a même su inspirer nos actrices turbulentes, on pensera aux membres de la BIUP qui ont trouvé là l'occasion de traverser à la nage la place de la République. Ces mêmes actrices que Antoine qualifie de « bande de mongoles », alors qu'elles ont répondu avec intelligence à l'adversité.
Et quand Julien rentre dans une diarrhée verbale contre Blanca Schaler qui selon lui est une « gauchiasse », il n'imagine pas tout le travail apporté par cette étudiante du CRAC de Lomme pour chanter, danser, jouer et escalader, expression de la polyvalence acquise par les futurs professionnels circassiens.
Certains ne prenaient pas la peine d'écrire, un simple émoji qui dort a suffit à Jean Luc pour commenter notre publication sur Plastic Boum Boum par la compagnie du Turfu. Dormir sur ces rythmes endiablés et l'ingéniosité pour les produire ? On voit bien que Jean Luc n'étaient pas des nôtres lors de ce concert qui était tout sauf soporifique. Surtout que la prestation du samedi après-midi incluait dans son final un orchestre qui résultait d'ateliers avec les habitants.
Et pourtant Jérôme a trouvé cela « affligeant », c'est certain qu'à travers un écran les bonnes ondes avaient du mal à le toucher. Car on voit bien ici deux mondes, d'une part les commentaires émis du confort du canapé, et de l'autre les applaudissements chaleureux par ceux qui ont fait la démarche de se déplacer.

L'attrait du festival repose aussi sur son accès gratuit. Cela nous permet de rebondir sur l'interrogation de Anthony qui se demande quel usage est fait des subventions venues des fonds publics. « Si on rapporte au nombre de visiteurs, le coût du festival est de 21€ par personne », une statistique éclairante apportée par Laetitia Brion, administratrice du Boulon.
Et pour bien faire tomber le mythe des artistes qui vivraient d'argent public, relayons l'appel de la compagnie Espèces d'espaces, qui après leur représentation de En attendant la vague ont invité les spectateurs à venir les soutenir sur leur financement en ligne pour pouvoir investir un nouveau véhicule, cette fameuse « atalante » qui est une des actrices de leur création mêlant vidéo et interaction avec l'audience. Profitons aussi de cet angle financier pour citer l'apport humain et matériel, ou comme on le dit à la Khta : « cette compagnie ne serait pas ce qu'elle est sans le Boulon ».
De toutes les compagnies, celle qui a reçu en ligne le plus de haine gratuite fut sans nulle doute La ville en feu pour Le Sacre. Ces dix actrices et acteurs, qui ont pris le partie d'habiter Vieux-Condé avec une déambulation pour crier leur envie d'exister, ont en fait touché juste.
Alors que cette création était présentée comme une expression « d'envie de révolte, d'identité, de collectif et d'individualité », on ne peut que souligner la nécessité de leur démarche. Leurs compositions et tableaux allaient puiser dans l'instinctif et l'animal, pour rendre les émotions brutes, mais tout cela avec une maîtrise particulière de leurs corps et organes, et donc de leur art. Ce que n'avait pas leurs détracteurs, grossiers et envahissants, sans aucune autre prétention que d'exister dans le laid et le mauvais.

L'art du commentaire devrait être quelque chose de pondéré et maîtrisé. Ce n'est pas comme la météo et ses éléments sur lesquels on ne peut rien, surtout quand l'espace public n'a que le ciel comme limite. Mais entre le ciel bleu du vendredi, l'orage du samedi, et les averses du dimanche, il a bien fallut composer, et à chaque climat ses conséquences.
Le premier jour la chaleur a eu raison de vos appétits et de vos soifs, les stands restauration et bars ont dû faire face à une affluence rarement enregistrée. Le deuxième jour, l'orage a rendu certains moments oniriques. En effet, vous êtes nombreux à avoir souligné la performance lors de la représentation de Gagarine is not Dead, les acrobaties avaient dans ce contexte humide et électrique une dimension encore plus élévatrice.
Enfin les pluies qui se sont succédé le dernier jour ont montré une fois de plus la capacité d'adaptation des équipes du Boulon et leurs bénévoles. Des replis qui ont amené un nouvel angle aux prestations, les interactions de Kikiristani's Fantasy et leurs instruments dans les murs du Boulon trouvaient dans cet espace fermé l'expression directe de la chaleur humaine.
On ne va pas que mettre à l'honneur les grincheux, on pensera plutôt à ceux que nous avons croisés à Vieux-Condé. Parmi eux ce couple venu des Ardennes en camping-car, ou le norvégien William et sa compagne Dunkerquoise originaire de Denain, il a déclaré trouver les Turbulentes « very unique », on vous fait grâce de la traduction.
D'ailleurs en parlant d'affluence, Virginie Bornier de l'office de tourisme de Valenciennes nous a partagé ses études, elle a échangé avec des lillois ou des amandinois, des voisins belges, en wallon et en flamand. « On nous a dit que le festival étaient pour beaucoup une porte d'entrée pour le tourisme sur le valenciennois en cette saison », une déclaration confirmée par Romain Carlier du Boulon, « c'est souvent le cas chaque année ».
Pour illustrer ces propos, le Boulon nous a communiqué les chiffres d'affluence par jour pour l'ensemble des spectacles : 6340 pour le vendredi, 9994 le samedi, et enfin 4236 le dimanche, accumulés cela fait 20570 personnes qui ont assistés aux 36 propositions de l'événement.
« Notre représentation de Richard III du samedi était de loin notre meilleure », nous dit Alexandre de Mash-up production. « A un moment on joue une incantation, c'est là que l'orage a éclaté. On s'est abrités avec le public, pour ensuite reprendre. C'est vraiment ça les arts de la rue ». Et ça on ne pouvait pas le voir si on n'y était pas, plutôt que rester chez soi, se faire un avis sur place sans fantasmer une « fête de gogol » selon des anonymes sans photo de profil.
Ces tristes réactions doivent être prises comme un encouragement, plus que jamais le Boulon et les Turbulentes sont dans le vrai quand ils veulent être poil à gratter, à ouvrir les yeux et les mentalités, c'est aussi ça la pratique artistique en milieu urbain. On peut donc attendre qu'une année de plus s'écoule et que le festival revienne pour une nouvelle édition fidèle à son esprit, tel un légitime droit de réponse.
X.V.
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