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Tous Azimuts prophétise que « l'été sera brûlant » avec les œuvres de Sarah Feuillas
C'est dans le cadre de la thématique « pourtant elle tourne », que l'école d'arts de Mortagne du Nord accueille jusqu'au 26 avril l'exposition intitulée « l'été sera brûlant ». Une sélection d'œuvres de Sarah Feuillas qui nous interroge sur le temps, des pratiques artisanales du passé à la fragilité du présent face à un futur incertain. Une exposition qui tente de figer un instant, avant de disparaître comme de la cire sous l'effet d'une flamme. Pas un instant à perdre, saisissons l'occasion pour vous en parler.

Sarah Feuillas s'est fait remarquer par une production qui interrogeait les traces laissées par l'homme dans un environnement urbain. De la Palestine à l'Irlande jusqu'aux États Unis, elle a entrepris des périples sur les traces des ruines à travers des projets photographiques. Elle tentait de déchiffrer le déclin des habitats et leur environnement, face au temps qui passe, des « territoires accidentés » selon ses termes. Avec « l'été sera brûlant » son analyse va au delà de simples lieux pour considérer la déchéance de l'habitat ultime, notre monde.
L'autre axe de sa production est l'utilisation de matériaux pour lesquels l'homme a développé un artisanat, une tentative de capture de procédés chimiques qui prouverait notre intelligence. Ainsi après s'être intéressée au verre, c'est la cire qui a retenu son attention suite à une rencontre déterminante avec la ciergerie Leroy de Boulogne sur mer. De sa réflexion à la matière, c'est une nouvelle production qui marque littéralement le temps qui passe qui est présentée dans les locaux de Tous Azimuts.
Dans l'imaginaire de Sarah Feuillas la fuite du temps s'exprime dans un premier temps par son rapport à l'enfance. Son utilisation du macramé la ramène quelques années en arrière et évoque les broderies de sa grand-mère. Adulte, elle tente de figer ces constructions sous de la cire, avec un effet combiné de la main de l'artiste et du bon vouloir des matériaux, « avec la cire la sculpture va décider de ce qu'elle va être sans moi », entend-t-on dans un reportage qui lui a été consacrée sur une chaîne de télévision régionale.
Elle exprime également cet effet rétrospectif à travers un bestiaire qui rappelle un âge tendre avec les escargots comme totem de cette époque. Ici les gastéropodes deviennent des gargouilles, qui par leur bouche imaginée recrachent tissu et cire comme leurs congénères des façades des églises expient le mal du monde. Un univers qui parle à chacun, où elle met énormément d'elle-même, « cette exposition serait une enclave temporelle », nous dit-elle.



C'est jusqu'au 28 avril que vous pourrez voir « l'été sera chaud ». Une date butoir comme un ultimatum contre lequel on ne peut lutter. Les travaux de Sarah Feuillas sonnent comme un avertissement, la cire exposée à la lumière ne saurait rester éternellement, il y a là comme un constat sur notre époque et ses enjeux climatiques.
On évoquait plus haut les escargots, l'ensemble présenté à Mortagne comprend également un tournesol capté lui aussi dans de la cire. De l'animal au végétal le mouvement est lent, presque imperceptible, mais pourtant il existe. Le matériau qui les entoure nous alerte sur cette vitesse qui ne prend plus, et qu'un autre rythme est enclenché.
Son intérêt pour la cire comme précédemment pour le verre exprime une volonté de chercher un savoir ancestral, « je fouille et sonde le passé » selon ses termes. Un héritage qu'elle exploite pour nous parler de notre époque, et d'un futur qui serait incertain, fragile et forcément inscrit dans une temporalité. L'horloge tourne, alors n'attendez pas que les saisons passent et dès aujourd'hui allez constater que « l'été sera brûlant » à l'école d'arts de Mortagne du Nord.
X.V.
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