Pratiques hybrides et symboliques des masques, Malika Khanfar présente Protectitude

30/09/2026

10 ans que Malika Khanfar n'avait pas exposé dans sa ville de Fresnes-sur-Escaut, et pour marquer cette nouvelle décennie de Protectitude c'est pas un mais deux rendez-vous qui mettront à l'honneur la plasticienne. En effet, deux des lieux de culture de la commune vont recevoir Malika et ses sculptures, avec tout d'abord le week-end des Portes Ouvertes des Ateliers d'Artistes au QuARTier les 3 et 4 octobre, et ensuite une exposition du 9 au 30 octobre au Musée Vivant des Enfants. Avant ces deux rendez-vous nous avons rencontré l'artiste chez elle dans ses ateliers et au milieu de ses créations, riche d'un univers où la culture s-f des années 70 cohabite avec un sentiment maternel. « Transformation du vivant » où la céramique cohabite avec les éléments récupérés.

Pour appréhender la production de Malika Khanfar, « hybride » selon ses termes, il faut tout d'abord essayer de cerner la personnalité de l'artiste, aux facettes tous aussi chimériques. En voyant cet usage des métaux, assemblages de pièces usinées sorties de leur fonction première, on situe déjà la jeune femme et ses origines d'un milieu ouvrier du Nord de la France, « avec très jeune cette envie de créer, je voulais être styliste ».

En l'écoutant nous parler de ses séries aux noms aussi variés que Sentinelles, Vigies, Pharos, ou Bunkers, Malika emploi le terme de « familles », et là c'est la mère qui protège en son sein qui ressort, « Protectitude » nous dit le nom de son exposition, il ne faut pas chercher plus loin, « et ce monde que j'utilise comme source d'inspiration ».

La sculpture est selon Malika le support qui permet le mieux d'exprimer sa vision, « dans ma tête c'est en 3D », dit-elle malicieuse. Cette pratique qui consiste à assembler matériaux de récupération sur une base d'argile est devenue en plus de vingt ans sa signature, un style qu'elle a développé de façon innée mais elle se garde de se définir comme autodidacte, « il y a bien fallut qu'on m'apprenne à ouvrir un paquet de terre », elle évoque ainsi son initiation à l'école municipale d'arts de Denain. 

C'était il y a pile 34 ans, et la jeune soixantenaire n'a rien perdu de sa volonté de produire, l'ensemble qui sera présenté au MVE du 9 au 30 octobre ne l'a jamais été, ce Protectitude 2026 poursuit la démarche de l'artiste avec des œuvres qui résument une décennie de travail.



Quitte à préciser l'âge de Malika, autant que cela serve le propos de sa production. Quand elle nous parle de ses inspirations c'est pour évoquer une science-fiction spécifique, ce futur tel qu'il était représenté dans les années 70 et 80. Ainsi de la noirceur profonde des éléments métalliques, et ces têtes qui gardent les codes anthropologiques sans être humains, Malika arrive naturellement aux Aliens du septième art, « on m'a parlé de Druillet dans mes œuvres, moi ça serait plutôt Giger ». 

Une base d'inspiration qui ferait le lien entre le chaos de l'idée première qui lui arrive, une inspiration qui est ensuite cadrée et ordonnée, « pour raconter des histoires, et jusque dans le détail ».

Prenons l'exemple de la série des Embryos, Malika Khanfar présente ce groupe de cinq chimères, « ce sont des spermatozoïdes », une évocation de la vie qui s'apprête à naître, d'où la tête de poupon qu'arbore l'une des sculptures. Ces créations nous parlent de la nature, et pourtant leurs mécanismes ne sont pas biologiques, « une partie du corps vient des anciennes installations électriques de la Barjo ». 

Une histoire dans l'histoire, la création porte des bouts récupérés, « achetés ou donnés, des masques ou des bouts de dentelles, en fonction du sujet que je veux aborder », une visite dans son atelier nous met face à cette collection de chutes manufacturées prêtes à s'assembler.

Chez Malika le buste est généralement une excuse pour y poser une tête, qui n'a pas forcément les attributs d'un visage. « J'aime le masque, il sert à cacher ou à respirer à travers le gaz, à séduire ou à faire peur, et montrer différentes facettes de soi ». C'est là que la personnalité de Malika rejoint la démarche de l'artiste, il faut du lâcher-prise pour que l'imagination prenne le dessus. 

Nous avons eu l'honneur de visiter ses espaces de travail, « là où je me sens bien », pour les Portes Ouvertes des Ateliers d'Artistes,  Malika vous expliquera les étapes de son travail, de la base en argile et ses objets ajoutés, jusque la cuisson de la pâte et pour finir la patine. Vous la retrouverez ensuite courant octobre au MVE pour Protectitude 2026, infos ci-dessous.

X.V.


Infos pratiques et calendrier

Portes Ouvertes des Ateliers d'Artistes (POAA Nord)

À l'occasion des POAA, Malika Khanfar proposera une immersion dans son univers de création. Dans un espace évoquant son atelier, l'artiste présentera plusieurs sculptures ainsi que les éléments qui accompagnent son processus de création : outils, terre, matériaux industriels et objets hétéroclites. Les visiteurs pourront découvrir les différentes étapes qui nourrissent son travail, entre recherches, assemblages de matières et transformations.

Atelier artistique avec les enfants

Du 19 au 23 octobre 2026, dans le cadre de l'exposition PROTECTITUDE, Malika Khanfar animera un atelier artistique au Musée Vivant des Enfants auprès d'un groupe d'enfants accueilli par le musée. À partir de modules en céramique préparés par l'artiste et de différents éléments à assembler, les participants créeront leur propre figure protectrice. En s'inspirant de l'univers sculptural de Malika Khanfar, ils expérimenteront l'assemblage de formes, le choix des matières et la construction d'un personnage appartenant à leur propre monde imaginaire. Chaque enfant repartira avec sa création.

Exposition PROTECTITUDE

Du 9 au 30 octobre. Dix ans après une première présentation de PROTECTITUDE à Fresnes-sur-Escaut, cette nouvelle exposition présente un univers enrichi de nouveaux volumes et de nouvelles séries développés depuis 2016. Sentinelles, Vigies, Pharos, Bunkers et Embryos composent une société de protecteurs où chaque famille de sculptures possède sa propre fonction. Associant la céramique à des matériaux industriels, ces sculptures donnent naissance à des présences où se rencontrent protection, adaptation et transformation du vivant.

L'événement sur Facebook


10 ans que Malika Khanfar n'avait pas exposé dans sa ville de Fresnes-sur-Escaut, et pour marquer cette nouvelle décennie de Protectitude c'est pas un mais deux rendez-vous qui mettront à l'honneur la plasticienne. En effet, deux des lieux de culture de la commune vont recevoir Malika et ses sculptures, avec tout d'abord le week-end des Portes...

Pour son premier rendez-vous d'automne, le Boulon vous invite dans un endroit et un temps qui ne demandent qu'à être définis. « Après le lac » nous dit le nom de la création, comme si les notions de lieu et de temporalité étaient fugaces. Ce lac pourrait très bien être la forêt de Bonsecours, site de déambulations et d'arrêts,...

Avec ses 56 pages, la brochure de saison 2026/27 de l'espace Pasolini nous présente non seulement les grandes dates à venir pour le laboratoire artistique, mais également les figures qui seront accompagnées dans les mois à venir. « Paso est un abri », la directrice de la structure nous rapporte ces paroles prononcées par le danseur et chorégraphe...

Share