POAA 2022 : Soilioba ou l'humanité partagée

30/09/2022

Soilio Coulibaly dit Soilioba s'est initié aux arts plastiques dans sa Côte d'Ivoire natale, il s'est ensuite perfectionné au Maroc, pour venir terminer son cursus près de chez nous à l'université du Mont Houy. Depuis riche de son parcours et de ses influences, c'est en citoyen du monde qu'il prend le pinceau à chaque production. Dans son univers, les souffrances de l'enfance rencontrent l'espoir d'un meilleur avenir, passé et présent s'unissent pour envisager le futur, avec toujours comme ligne directrice une certaine forme de modération. C'est à l'occasion des prochaines Porte Ouvertes des Ateliers d'Artistes que nous avons rencontré le créatif, une opération dans laquelle il s'inscrit naturellement tant chez lui l'ouverture vers l'autre est innée.

L'université est un milieu dans lequel Soilioba a trouvé tout naturellement sa place. En effet, l'artiste ivoirien aime l'humanité dans sa diversité, et il sait voir en chaque individu son patrimoine qui pose son identité. Ce constat, il se révèle lorsqu'on rentre dans les couloirs de la résidence Mousseron à Aulnoy-lez-Valenciennes, sur ses murs sont accrochés quatre grands formats, signés de l'artiste et de ses contributeurs. On y trouve tour à tour des hommages au poète qui a donné son nom au bâtiment, une carte imagée de l'Afrique le continent berceau de l'Homme, ou une œuvre témoignant de tous les sentiments ressentis au pic de la crise du COVID. Toutes ces œuvres partagent ce besoin d'exprimer une histoire commune, tout en permettant à chacun d'y contribuer pour marquer son existence propre à lui. « De l'individuel à l'universel », comme le dit le peintre.



Soilioba se plaît donc dans cet environnement, et ce dernier le lui rend bien. Lorsque Frédérique Vidal était ministre de l'enseignement supérieur, c'est une toile de l'artiste qui lui fut offerte par le président de l'université lors de sa visite sur le campus. Il est soutenu et encouragé, comme avec cette salle commune qu'on a transformé en atelier pour qu'il puisse y produire et recevoir des participants. Un endroit que vous découvrirez à l'occasion des Portes Ouvertes des Ateliers d'Artistes, et qui fut aménagé après qu'un responsable de la résidence ait surpris Soilioba dans le couloir, face à sa porte ouverte : « je prenais du recul pour regarder ma dernière toile, les 12m² de ma chambre ne le permettaient pas. J'avais des toiles et du matériel partout, jusque sur mon lit. On m'a dit que l'endroit ne s'y prêtait pas, c'est ainsi qu'on m'a proposé un lieu plus adéquat », c'est avec un certain amusement que l'artiste nous raconte cette anecdote.

Sa façon de parler son parcours, les horreurs des coups d'états successifs de la Côte d'Ivoire, jusque ses rencontres gravées dans sa mémoire au Maroc, est à chaque fois avec une philosophie positive, une attitude que l'on retrouve dans son œuvre. Soilioba aurait les yeux au ciel, et les pieds biens sur terre, pour comprendre ce caractère prenons comme exemple ses techniques. Le premier jet posé sur ses toiles est le noir, il défini la silhouette du personnage qu'il va représenter, viennent ensuite les couleurs, le texte, les symboles, pour tendre vers le vivant. 

On le compare à Basquiat, lui parle d'une tradition d'oralité dans son Afrique natale. Le fait est qu'on lit littéralement ses toiles, un langage qu'il offre à l'œil qui s'empare de l'œuvre, et qui regarde avec sa sensibilité. Son expérience est empreinte d'une formation académique, des techniques qu'il respecte, pour ensuite les déconstruire et produire selon son envie. Un axe de travail qui renvoie à d'autres grandes figures de l'art, Picasso et son cubisme sont cités en exemple par Soilioba.

Dans sa démarche, Soilioba serait comme un témoin. « Je traite de sujets, je propose des pistes, après à chacun de s'approprier l'œuvre et d'en faire sa lecture ». Son art serait à la fois engagé et consensuel, selon l'expression il ménagerait la chèvre et le choux. « Je représente souvent masqués les trois leaders politiques qui déchirent mon pays. Mais un jour une femme m'a acheté une toile les représentants car elle y voyait de la joie. Ce tableau était intitulé les Trois mauvais compagnons, à sa demande au moment de signer le certificat le nom a été changé en enlevant le terme mauvais ».  

« Je traite de sujets, je propose des pistes, après à chacun de s'approprier l'œuvre et d'en faire sa lecture »



On retrouve aussi la notion de temps dans sa production, Soilioba veut se projeter tout en respectant les bases de l'histoire. Ainsi comme fond sur ses toiles il colle des pages de journaux, « ça m'amuse de me dire qu'on pourra les retrouver sous la peinture dans des années ». Pour lui, notre époque va vite dans ses évolutions et ses changements, c'est ce qui l'amène à rédiger sa thèse sur les pratiques numériques dans l'art. « Doit-on vraiment rester sur les pratiques traditionnelles de production alors que les outils informatiques sont en plein essor dans les arts plastiques ? Pourquoi ne faire que l'un ou l'autre, je pense que les deux sont conciliables ». 

Lui dont l'enfance a été marqué par les coups d'états, et sa vie par l'enrichissement culturel, il n'est pas du genre à se restreindre. Un seul regret l'habite, celui de ne pas pouvoir exposer dans son pays : « en France je peux discuter d'une œuvre sur les gilets jaunes et la colère du peuple avec un maire, sans aucun soucis. En Côte d'Ivoire la censure est là, et je n'aurais pas malheureusement la même liberté de parole ».

Pour l'écouter encore plus, et rentrer dans son univers fait de tradition et de modernité, rendez-vous les 7, 8, et 9 octobre dans son atelier de la résidence Mousseron, tous les détails ci-dessous.

Soilioba: 

résidence Jules Mousseron, rue du chemin vert. Aulnoy-lez-Valenciennes

  • Vendredi 18h-22h
  • Samedi et dimanche 10h-12h / 14h-18h

X.V.


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