Février et mars s'accompagnent d'une riche actualité pour le Centre Régional de la Photographie. A plus d'un titre nos regards se tourneront vers la structure de Douchy les Mines avec son riche agenda. Sont annoncés le projet de co-création en partenariat avec l'association Mots et Merveilles, et le lancement du livre de Apolline Lamoril...
Minéraux, cosmos et poésie au CRP avec Soleils Mineurs
Le CRP nous a proposé dans le passé des expositions sur l'humain, le destin de certains pays comme l'Arménie, ou des voyages dans le temps et l'espace jusqu'au New York des années 70. Cela dit, la structure de Douchy les mines a aussi dans ses missions de soutenir la recherche, et l'étude poussée de la photographie à travers des sujets de thèses. Ces derniers peuvent également tendre vers du terre à terre. Avec Soleils mineurs, Lucien Bitaux fait le lien entre l'histoire de la pratique, les supernovas qui usinent les molécules aux roches sédentaires qui existent sur Terre, le tout en incluant un jeu de sémantique et d'étymologie pour tendre vers une poésie métaphysique.

« L'image minérale : entre art et astronomie, la rémanence des pierres dans les visualisations et leurs imageurs », c'est sur cet intitulé que Lucien Bitaux a construit sa thèse. Même si l'énoncé peut vous échapper au premier abord, une visite de l'exposition Soleils Mineur au Centre Régional de la Photographie vous donnera les clefs pour mieux l'appréhender.
Celui qui est tour à tour chercheur, artiste, voire métaphysicien a une entrée en matière toute trouvée, il nous explique que le principe minéral de l'argent est l'argentite, comme dans l'argentique qui compose les pellicules photographiques. Une entrée en matière qui permet de dérouler le fil du propos, clair comme de la roche pourrait-on dire.

Mais alors concrètement, comment faire le lien entre l'infiniment grand et l'infiniment petit ? Pour ce faire, Lucien Bitaux a plus d'une méthode. Prenons par exemple la série intitulée Piedras, Montañas, Cielos, Estrellas. En somme des pierres aux astres en passant par les montagnes et le ciel, qui est constitué de rush vidéos tournés au Chili, et reproduits sur papier, laiton, cuivre, bronze et aluminium. Un travail de compression de l'image pour tendre vers un objet où « le film se confond avec sa matière et tend vers l'abstraction ».
De l'échelle des matériaux, au caché qui prendrait un nouvel aspect une fois montré, voilà ce qui anime l'artiste. Dès l'entrée de la salle d'exposition le visiteur est confronté à un jeu de relief, qui l'oblige a bouger le corps et la tête. C'est Eclipse Brute qui « en superposant une image de la lune à un désert rocailleux, opère ce passage d'une échelle à l'autre, du terrestre au cosmique, de l'extrêmement proche à l'infiniment lointain » comme l'écrit Géraldine Sfez, maîtresse de conférences en études cinématographiques à l'Université de Lille et membre du Centre d'Étude des Arts contemporains.

L'intérêt de Soleils Mineurs est aussi de renforcer les liens entre la photographie et les outils qui la produisent. Un propos illustré par plusieurs installations, dont la présentation des Liminaux, au sous-titre révélateur : « la métamorphose de l'être en sa vision ». A Douchy les mines vous pourrez découvrir un des quarante dispositifs optique fabriqué en plastique, verre et acier dont le but est selon Lucien Bitaux de « représenter ce qui voit : le voyant ».
Autre installation remarquable qui va aux origines physiques de l'appareil photographique avec Nadir, le « Picture Elements Explorer » produit par le studio national des arts contemporain Le Fresnoy. Ici nous sommes dans « l'expression du volet artistique » de la thèse de Lucien Bitaux, où le microscopique des minéraux sonde l'usine à molécule qu'est le cosmos.
Des interrogations, des pistes de réponses, d'autres questions, comme liés dans une chaîne d'éléments minéraux. Dans Soleils Mineurs la photographie est physique mais aussi mentale, on tente de s'imaginer la complexité qui mène à la matière. Une démarche qui rend accessible la recherche poussée, grâce à une poésie qui en émerge.
Pour pousser encore plus la recherche et le contexte de l'exposition, Lucien Bitaux viendra à votre rencontre en décembre pour une visite commentée, et en janvier pour des ateliers (calendrier ci-dessous). L'exposition Soleils Mineurs est visible aux heures d'ouverture du CRP jusqu'au 1er février 2026.
X.V.
- Samedi 6 décembre 2025, 14h30-16h / Rencontre avec Lucien Bitaux et visite commentée de l'exposition « Soleils mineurs ».
Aux frontières de la science, l'œuvre de Lucien Bitaux nous plonge dans les tréfonds de la fabrication des images. Fasciné par la matérialité de la photographie, cet artiste expérimentateur explore la frontière entre le visible et l'invisible. Venez découvrir ses œuvres aux formes nouvelles et ses installations originales poussant le regardeur à se questionner sur la substance des images.
Entrée libre et gratuite, sans inscription
- Samedi 17 janvier 2026, 14h-18h / Atelier du labo – création d'optique avec Lucien Bitaux
Dans le cadre de l'exposition "Soleils mineurs", Lucien Bitaux vous invite à créer votre propre optique et expérimenter avec la lumière pour créer des images insolites.
Payant : 30€ par personne
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