Pas vraiment une rétrospective, plutôt une large sélection, des travaux aux techniques aussi diverses que le dessin, la peinture, ou les productions sur tablette. C'est par cet angle que la Fabrique des Arts nous propose de découvrir les travaux de Sébastien Russo, un ensemble qui invite aux « Évasions », du nom de l'exposition visible à partir...
L'exposition de Sébastien Russo à la Fabrique des Arts comme « un point de concordance »
Pas vraiment une rétrospective, plutôt une large sélection, des travaux aux techniques aussi diverses que le dessin, la peinture, ou les productions sur tablette. C'est par cet angle que la Fabrique des Arts nous propose de découvrir les travaux de Sébastien Russo, un ensemble qui invite aux « Évasions », du nom de l'exposition visible à partir du 29 mai dans la structure de Denain. Pour bien vous préparer à ce rendez-vous qui marque le printemps des arts plastiques près de chez vous, nous nous sommes entretenus avec l'artiste, pour évoquer tour à tour son besoin viscéral de créer et ses influences, le tout dans un esprit d'accomplissement, un esprit qui se joue des contraintes du corps.

Lorsque Rémi Fiquet de la Fabrique des Arts de Denain nous présente les travaux de Sébastien Russo, il laisse aller un engouement, « ce sont des trésors », dit-il en les manipulant avec tout le soin nécessaire. Des dessins au format A4 avec des personnages aux contours bruts, jusqu'aux grands formats qui invitent l'œil à s'y balader à chaque rencontre d'un nouveau détail, on ne distingue pas une ligne directrice autre qu'une liberté d'expression.
Ainsi on comprend mieux cet extrait d'interview que l'artiste a consacré au quotidien La Montagne en 2016 : « on dit de moi que je fais du street art, de l'art singulier, de l'art contemporain, de l'art conceptuel ou que sais-je encore. Pour moi, c'est simplement du rêve et de l'improvisation ».

Revenons sur le terme « d'improvisation », il serait une base pour expliquer cette méthode de l'artiste qui tend à créer sans se soucier d'où ira son inspiration. C'est pourquoi Sébastien Russo se retrouve dans cette citation attribuée à Pablo Picasso : « si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ? ».
Sa production hétéroclite est à l'image de sa vie, de son ambition de devenir architecte il retient la nécessité des forces qui font cohésion, « pour ne pas s'effondrer sur soi-même », de ses années aux beaux-arts c'est la passion pour le dessin qu'il a gardé, de son métier de mécanicien monteur lui a laissé une rigueur des rouages qui entraînent le tout, et enfin de son BTS en outils multimédias il sait mettre la main sur le digital.

C'est un peu de tout cela Sébastien Russo, l'artiste qui ne rentre pas dans les cases, sauf peut-être celles de la BD. Métal Hurlant, Fluide Glacial, ou Hara Kiri, à la mention de ces titres de revues l'artiste y trouve un terrain fécond à l'inspiration : « je suis d'une ancienne école. J'ai connu Bilal et Druillet dans les rayons des supermarchés où j'y passais mon temps à lire, c'est là que j'ai fait ma culture ».
C'est avec cet angle que nous terminons de dresser le portait, en associant chemin de vie et inspirations, afin de rentrer dans sa production. On fait souvent à tort la distinction entre artistes aux diplômes académiques et les autodidactes, comme pour chercher une forme de légitimé. Sébastien étant des deux mondes, il navigue au gré des expériences accumulées et s'assume complètement, ainsi quand on lui parle de « syndrome de l'imposteur » ça l'amuse plus qu'autre chose, « je suis porté par la vitalité depuis mes 15 ans, je ne me pose pas de questions », dit-il en insistant sur la notion « d'instinct ».
Car c'est bien à notre ressenti animal que Sébastien Russo fait appel, entre l'artiste et le spectateur se lie un dialogue : « ça me fatigue ces artistes qui racontent toute l'histoire dans un tableau ». Pour illustrer ce fait, vous trouverez à la Fabrique des Arts des toiles rectangulaires au grand format, comme des vues aériennes de villes avec ses artères, son fleuve et ses ponts, qui ne seraient qu'un extrait d'un ensemble plus grand, « c'est au spectateur de découvrir l'autre partie, il a que le début de l'histoire et il débrouille avec ça ».
Même constat pour ces compositions au premier abord abstraites, mais qui révèlent des éléments figuratifs si on prend la peine de s'y attarder. Un détail vous emmènera dans un sens, de là vous rencontrerez une courbe qui ira dans l'autre, de bas en haut, de gauche à droite, la narration se réinvente, « c'est fait exprès et ça découle d'une contrainte. Mon handicap m'empêche de me tenir debout longtemps, et je vis dans un endroit sans trop d'espace avec juste 9m². J'enroule le tableau, et je crée mon histoire au fur et à mesure, pour le retourner ensuite. Faut voir le bazar pour un 2 mètres sur 2 mètres », dit-il avec malice, un trait de caractère qu'on retrouve dans ses compositions.
D'autres formats présentés ont retenu notre attention, ce sont des personnages, aux formes ingrates et qui vous regardent de face. Une fois de plus, c'est l'entièreté de Sébastien Russo qui s'exprime à travers ces figures. On retrouve tout d'abord sa technique de l'instinct, qui mène à une forme qui exploite la plasticité du crayon, et quand on lui fait remarquer le côté frontal des personnages, l'artiste rétorque que « je n'aime pas la vie de profil ».
Autant de formes que de moyens d'expression, ayant traversé les décennies depuis les années 70, Sébastien Russo n'est pas resté sur le quai du train des nouvelles technologies qui partaient. « Je crée en numérique depuis le début des années 2000, en France on a du mal à l'intégrer, on a un retard. Seulement maintenant les jeunes dessinateurs utilisent la palette graphique ».

« L'art est utile pour tout le monde comme la santé et l'éducation. A mon niveau je crée car je n'ai pas envie de tourner en rond, c'est vital »
Par l'utilisation des nouvelles technologies, Sébastien Russo y a vu aussi la possibilité de monter une maquette de magazine, en l'occurrence Trakt. « Je vais créer la revue car aucune autre ne parlera de moi », dit-il entre franchise et ton décalé. « Trakt est la suite logique de tous ces magazines que j'ai lu quand j'étais plus jeune ».
Une revue « brute et singulière » selon son intitulé qui n'avait pas vocation à durer dans le temps, « à chaque numéro je dis on arrête, j'en suis au numéro 28 en 10 ans ». De sa pagination au contenu, la revue dégage un professionnalisme qui n'a rien à envier à ses homologues de la presse spécialisée en arts plastique. Ce « terrain de jeu supplémentaire » pour Sébastien Russo, il le partage à chaque nouveau numéro, fort d'une sélection de talents contemporains aux techniques variées.

Sur le fait d'exposer dans la région « moi qui fut ouvrier et qui suis artiste », et dans le cadre de la Fabrique des Arts qui comme vous le savez est en relation avec le service hospitalier de Denain, Sébastien Russo y voit une opportunité tout comme une concordance. « L'art est utile pour tout le monde comme la santé et l'éducation. A mon niveau je crée car je n'ai pas envie de tourner en rond, c'est vital ».
Entre l'équipe de Rémi Fiquet à la Fabrique des Arts, l'association Toits et Toiles, et Sébastien Russo c'est une rencontre que chaque partie décrit comme « un point de concordance ». Des enjeux de la création et du dépassement des maladies, de la nécessité de mettre en avant les talents contemporains, et de toute cette vitalité qui s'en dégage, on comprend ainsi l'intitulé des « Évasions » qui sont visibles du 29 mai au 12 juillet à Denain.
X.V.
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