Évasion de Parisse Métisse, le disque qui vogue sur un monde de musique

03/07/2026

Envie d' « Évasion » ? Ça tombe bien, c'est exactement l'état d'esprit qui donne son nom au dernier album de Parisse Métisse. Le duo couple de Lætitia et Jean-Baptiste Parisse basé à Poix du Nord revient avec son monde de musique, pour s'inspirer de toiles, de livres, pour combiner leurs inspirations dans une nouvelle œuvre propre à eux. On voyage au gré des 11 pistes de ce disque, sur les pas de Robert Louis Stevenson, Charles Beaudelaire et de l'auteur contemporain local Laurent Dremière. Un CD à l'image de Parisse Métisse, composé en osmose de leur intimité partagée vers un monde qui reste inspirant en dépit de ses signaux d'alarmes.

On utilise l'expression « couple à la ville comme à la scène » parfois par facilité, comme pour faire un raccourci rapide pour introduire ceux qui partagent un foyer et un métier artistique. Heureusement il y a des musiciens comme Lætitia et Jean-Baptiste Parisse qui viennent redonner tout son sens à la formule. Lorsque nous les avons rencontré pour évoquer la sortie du disque Évasion, il fut évidemment évoqué leur parcours artistique individuel et en commun, et très vite s'est révélé une osmose entre eux, le genre d'interview où l'un commence une phrase et l'autre la complète, comme d'une seule voix. 

« Et heureusement qu'on s'est rencontré » dit Jean-Baptiste en accompagnant sa remarque d'un regard complice, à quoi Lætitia affirme sans détour que « je serais pas arrivée où j'en suis sans lui, il me donne l'impression d'être poussée ». Ils nous font comprendre cette démarche riche de partage de valeurs, fort de cet humanisme et d'ouverture, le couple applique dans leur art la philosophie qui anime leur vie.

Plus de 20 ans de vie commune, de création, et Évasion arrive comme la somme de leur recherche artistique, et même « comme une prise de risque » selon Jean-Baptiste. Cet élan revendiqué arrive au bout d'un chemin fait d'expérimentations, d'intimité choisie ou imposée comme lors de la crise sanitaire, d'un échappatoire salvateur où les instruments traditionnels du monde peuvent cohabiter avec des sons électro, d'un rythme personnel qui rentre en collision avec la « vitesse du monde » selon leurs termes, et Balavoine s'invite dans la discussion avec son hymne à la résilience « vivre ou survivre ». 

Quand « At home we imagine the trip » en 2020 était un cri d'existence dans un monde à l'arrêt et le bien nommé « From the heart » touchait au cœur avec des chants qui tendaient vers une humanité retrouvée, le dernier disque serait peut-être la preuve d'une maturité ? En tout cas Parisse Métisse l'a pensé comme un point d'encrage qui fait la somme de leurs univers, d'où ses diverses inspirations et la collaboration avec Laurent Dremière qui a écrit quatre textes.



La vie tangue et lutte contre les flots de « The trippers » qui ouvre le disque, imaginé à partir de la toile de Martha Tominaga représentant l'Arche de Noé. Quand Robert Louis Stevenson a écrit sa lettre de voyage « Je ne sais ce que pensent les hommes », il n'imaginait pas qu'elle devienne une bouteille à la mer pour arriver au duo qui en a saisi la complexité des hommes, de leurs actes aux paroles. 

Ce voyage à travers les nautiles renvoie aux strophes de Beaudelaire dans « l'appel du large » et aux destins volés des habitants de Haïti auxquels Stevenson a assisté pour devenir la septième piste intitulée Kaiulani. Toujours dans le pacifique et encore venu des écrits de l'auteur de « L'île au trésor » on fait la connaissance de Moë, princesse de Tahiti face au colonialisme. 

Des émotions en pagaille telle les « souffles de tempête » et sa symbolique de beaux jours qui s'offrent après le chaos comme l'a décrit Lucie Delarue-Mardrus. Une playlist telle une « Offrande » qui vient terminer le disque, qui a l'instar du poème d'Esther Granek nous enseigne que « l'essentiel réside dans l'acte de donner plutôt que dans ce qui est donné ».

A ces plumes et peintres émérites s'ajoute une collaboration « comme un coup de foudre artistique » selon le couple, en l'occurrence la rencontre avec les écrits de Laurent Dremière. Cet ancien journaliste pigiste qui s'est illustré avec des genres comme la comédie musicale ou le théâtre a signé pour Évasion quatre textes. 

Du peuple Massaïs, à Anabelle dont l'amour qu'elle porte au marin guide ce dernier sur les océans, à Tunaya qui incarne la force et la fragilité de la forêt amazonienne, jusque ce rêve Maori fait d'égalité et de vie en harmonie avec son environnement, le valenciennois met sa poésie au service des voyages physiques et spirituels de Parisse Métisse, « il a des mots et des valeurs que nous partageons ». 

Un monde de musique, des courants marins parfois violents ou apaisants qui rapprochent les hommes qui savent les emprunter, c'est tout cela Évasion. Quand Laetitia et Jean-Baptiste nous parlent de « l'enrichissement personnel qui a donné corps à ce projet », on comprend mieux la portée de ce petit trésor, qui ne demande désormais qu'a être partagé. 

Les concerts spectacles vont venir faire vivre cet univers, plus qu'une tournée promotionnelle, c'est l'étape du voyage mise en pratique. Il y aura des scènes mais aussi des médiathèques et des auditoriums, eux qui considèrent « la littérature comme une bonne alliée ». Ils nous parlent d'ateliers et de rencontres avec des scolaires, de pédagogie de vie et du monde qui nous entoure, en somme l'Évasion passe par la transmission.

Elle est aussi au croisement de la pratique des arts, car à l'instar des instruments et leurs origines géographiques et ethniques qui donnent leur son unique, leurs prestations a la couleur métissée du spectacle, « avec à la fois un côté grave et émotionnel, comme un tableau où on mélange les couleurs ».  

Parisse Métisse se produit le 10 juillet à Dunkerque sur le voilier duchesse Anne pour un concert exceptionnel qui marquera la sortie officielle de Évasion. Pour savoir si leur tournée nous permettra de voir sur scène près de chez nous leurs nouvelles compositions retrouvez l'actualité du groupe aux liens ci-dessous.

X.V.


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