Le souffle de Henri Tournier propulse le Carrefour International

15/05/2026

2026, année paire et donc retour de l'événement biennal de l'espace Pasolini : le Carrefour International. Le festival des musiques et traditions du monde, qui révèle les pratiques pour les fusionner dans un élan de partage a sollicité cette année le flûtiste Henri Tournier pour porter les étapes de création. En effet, qui de mieux qu'un musicologue, pédagogue, amoureux de l'improvisation et de la recherche, ou même membre de la Société Française d'Ethnomusicologie et surtout spécialiste de la bansuri venue d'Inde pour incarner l'esprit du festival ? Alors que le Carrefour International est dans ses étapes de rencontres et de recherche avant son grand final au Phénix le 6 juin, nous avons rencontré Henri Tournier afin de rentrer avec vous dans le cœur du processus de l'événement.

Khaled Aljaramani et son oud de Syrie, le japonais Etsuko Chida au chant et à la cithare, la vièle et le chant diphonique de Mongolie par Mandakhjargal Daansuren, la musicologue diplômée de Paris IV Sorbonne Marie-Suzanne De Loye avec sa viole de Gambe, les percussions du tombak d'Iran par Saghar Khadem, et enfin la shakuhachi cette flute du Japon par Kanaki Sada, voilà le plateau réuni par l'espace Pasolini pour son édition 2026 du Carrefour International. A tout ce petit monde s'ajoute Henri Tournier, et si le nom ne vous est pas inconnu, c'est qu'il a déjà collaboré avec le laboratoire artistique valenciennois, des Instants Nomades jusque cet hiver lors des Écoutes Sonores.  

Notre rencontre avec Henri Tournier n'avait pas pour but de retracer sa carrière de façon strictement biographique, nos confrères de la presse nationale écrite et radio ont déjà répondu à leur manière à cette exercice, et les ressources en ligne comme Wikipédia répondent également à cet usage. Cependant l'échange a démontré que son parcours et sa pratique étaient une illustration très à propos du Carrefour International. 

En effet, de ses études académiques à sa rencontre avec la flûte bansuri, jusque ses nombreuses collaborations, Henri Tournier dégage un sentiment, « j'ai cette chance depuis que je suis enfant de m'amuser, et de là je me suis construit un bagage ». Du jazz à la tradition orale indienne, le musicien a exploré l'improvisation, ou plutôt les improvisations au pluriel, à chaque culture sa manière d'aborder les sentiments, « le free jazz c'est le rapport au mouvement, tandis que la tradition indienne est très cadrée ». C'est en mettant en opposition la polyphonie du premier genre aux mélodies du deuxième, qu'une métaphore plastique apparaît : « comme un peintre qui travaille sur trois couleurs, la mélodie, le rythme et le bourdon qui fait enveloppe, c'est cela l'approche indienne ».

Aussi vrai qu'un traducteur est un traître, Henri Tournier a dû faire le pont entre la culture européenne de la partition et l'oralité de l'Inde, « quand on n'est pas d'origine, on est soucieux du respect ». Cela dit, Henri s'est imposé la nécessité d'être un chaînon, « j'ai écrit Hariprasad Chaurasia et l'Art de l'Improvisation, un bouquin qui ne tient pas sur un pupitre », dit-il avec malice. Cet ouvrage dédié au maître de la bansuri illustre la méthode dans laquelle Henri a dû s'inscrire, et qu'il transmet de nos jours, « une transmission en variations sur le râga », ce cadre mélodique typique d'Inde, « et celui qui le reçoit apporte sa variation ». 

Une définition que Henri Tournier met tout de suite en illustration avec les étapes de travail qu'il vient de partager avec Mandakhjargal Daansuren : « la musique de Mongolie a cette liberté », c'est pourquoi il insiste sur l'exercice périlleux du travail en commun et du brassage, « il faut savoir être vigilant ».



Les Ecoutes Sonores
Les Ecoutes Sonores
« les limites de la démarche seraient comment rencontrer l'autre sans perdre son identité »

Henri Tournier a sa définition du Carrefour International : « on fait en miroir ». Entre équilibre des patrimoines, des méthodes et des sensibilités, il faut littéralement trouver un ton, et cela l'espace Pasolini l'apporte : « on est dans la mise en confrontation, dans le danger, et l'équipe est tout sauf dans la routine ». 

Un esprit Paso de recherche que Henri a également pu expérimenter lors des Écoutes Sonores : « avec les danseurs, tout comme avec Philippe Asselin et Esteban Fernandez on se jette à l'eau sans rien se dire et sans se fixer de contraintes sauf le bon sens et l'écoute. Peut-être une consigne, celle de savoir laisser aller le silence et tenir quand chacun est seul ». Une expérience qui serait formatrice pour le Carrefour International, Henri en retient une doctrine : « les limites de la démarche seraient comment rencontrer l'autre sans perdre son identité ».

Ainsi depuis quelques jours c'est cet esprit qui est mis en pratique avec les premiers échanges. Un des aspects de l'événement réside aussi dans son expérimentation en live, notamment auprès de jeunes scolaires, et c'est là que le pédagogue intervient et observe. Être enfant et rencontrer la musique relève souvent des hasards de la vie et de choix d'adultes. Pour Henri Tournier ce fut ce curé et sa boite à fifres, des instruments mis à disposition pour un spectacle de la paroisse, qui a demandé l'intervention de musiciens auprès des flûtistes en herbe. 

L'évocation de ce souvenir fait frétiller Henri, qui a son tour rempli le rôle du passeur. « Il y a un monde entre ce qu'il connaissent et leur ressenti », observe le musicien à propos des scolaires, « on les sent déstabilisés, et ils sourient ». Le flûtiste a conscience de l'effet que fait son instrument : « ce son très immatériel, la flûte est reliée au spirituel ».  

Cette treizième édition du Carrefour International passera près de chez vous, notez les dates du 26 mai au conservatoire de Valenciennes, le 27 à la médiathèque de Condé sur l'Escaut, le 3 juin à la médiathèque d'Anzin et le lendemain le 4 à salle polyvalente de Sebourg, tout cela avant le grand final au Phénix le 6 juin.

 Toutes ces étapes sont au centre des préoccupations de Henri et des autres invités, un travail résumé par « des problématiques telles que trouver notre confort et des prises de risques, et sur ce dernier point le public qui vient nous voir en a conscience. En tant que coordinateur je veille à ça, car tout n'est pas possible ». Pour arriver à ces représentations, des études et enregistrements succèdent à l'improvisation et la rigueur, « cette grande part d'inconnu » pour laquelle Henri Tournier est à la fois excité et soucieux. « Le grand avantage est qu'on est logé tous ensembles », dit-il en souriant mais qui souligne surtout l'apport humain du concept.

Infos et réservations pour le Carrefour International aux coordonnées et lien ci-dessous

X.V.


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