Le coup de baguette magique de Julien Mahieux

27/10/2022

Lors des actualités musicales, c'est souvent le chanteur, le « front man » selon l'expression, qui est mis en avant. C'est légitime quelque part, mais que serait un artiste sans les musiciens qui l'accompagnent ? Surtout quand ceux-ci participent au succès et à la dynamique de groupe. Ainsi à Valexplorer nous souhaitons mettre un coup de projecteur à ceux appelés injustement les artistes de l'ombre, et pour débuter cette série c'est à Julien Mahieux que nous dédions cet article. Batteur à la réputation solide, il donne littéralement un coup de baguette magique dans tous les projets auxquels il participe. On l'a connu dans Honey's aux côtés de Jug, désormais il officie des Beautiful Things de Zak Perry à la fratrie Yokatta. Roulement de tambour, voici son portait.

Photo: © Ludovic Goethals
Photo: © Ludovic Goethals

Julien Mahieux a aujourd'hui 36 ans, et aussi loin qu'il se souvienne la musique a fait partie de sa vie. « Je n'ai jamais arrêté », dit-il avec une véritable satisfaction. Issu d'une famille de mélomanes, il nous parle de sa lignée qui comprend une arrière grand-mère chanteuse d'opérette, son père également chanteur, ou son frère de dix ans d'écart qui est guitariste. Un contexte qui l'a amené à s'essayer sans trop de succès au solfège à 6 ans, une expérience dont il ne garde pas un bon souvenir, mais qui n'a pas entaché sa motivation. Ainsi à 11 ans il passe les portes de l'école de musique de Trith Saint Léger avec une idée en tête, jouer du trombone. Le destin et une rencontre décisive avec Pierre Schryve, celui qui l'appelle son mentor, le mènera à s'essayer à la batterie. 

C'est à la même époque qu'il écouta des artistes qui allait définir ses goûts, il cite Robert Johnson ou Satriani, et des styles de prédilection comme la Soul et le Jazz. A un âge où beaucoup n'ont pas encore d'idée sur leur avenir, Julien eut une révélation : « j'ai compris très tôt que la musique serait mon métier ». Une promesse faite à lui-même qui se confirme 25 plus tard, le voici professionnel et enseignant dans deux écoles à Louvroil et Fenain.



En évoquant son parcours et ses jeunes années, les souvenirs arrivent en pagaille dans sa tête. Julien repense à l'adolescence et sa découverte des bœufs, où il va se révéler dans ce qui va lui plaire : l'improvisation dans l'accompagnement. Sont évoqués également ses premières formations, des influences Punk aux côtés de Christophe Colin et Guillaume Maillard, Du Punk, Julien passa allégrement aux boites de nuit, « où on reprenait en live avec Angel's Band des morceaux de David Guetta. Je voyais sur la piste de danse mes pions que je retrouvais le lundi au lycée », s'en amuse-t-il. 

Cette expérience a appris énormément à Julien sur le fait d'animer des soirées en musique, une culture bal qu'il revendique comme fondatrice de sa pratique. Il dresse un bilan, « à 20 ans j'ai eu 10 groupes », Julien reconnaît que cette pratique variée l'a amené à une capacité d'adaptation, qu'il exprime par une écoute des musiciens auxquels il apporte ses rythmes.

A faire la liste des rencontres qui ont jalonné son histoire, un nom revient comme incontournable, celui de Julien Gugel alias Jug. C'est sur une base Jazz que les deux Julien ont animé les soirées valenciennoise, dans un trio nommé Blueberry, qui de mémoire a assuré plus de 60 dates dans sa courte existence. Plus tard, Jug lui proposa de former Honey's avec Lucas Boudina, et là Julien Mahieux dut peser les pour et les contres : « car au même moment Alain Stevez m'appelle à la création des Goldmen, et avec tout le respect que j'ai pour lui et le succès qu'on leur connaît, je ne voulais pas m'enfermer dans ce genre de formule ». Honey's fut donc son choix, car le batteur avait une véritable envie de créer dans un environnement Blues-Rock. 

Une trajectoire qu'il assume, et dont il ne regrette rien, ne serait-ce que pour sa rencontre avec Lucas Boudina. Ce dernier est devenu un compagnon de scène qu'il retrouve de nos jours avec les Beautiful Things de Zak Perry. En parlant de lui, il évoque une véritable complicité scénique avec le bassiste, qui tend vers une symbiose : « on ne se regarde même plus », ce qui en dit beaucoup quand on connaît l'importance d'une section rythmique.  

De nos jours, Julien Mahieux évolue dans deux formations, les Beautiful Things évoqué précédemment et Yokatta Brothers. « Il n'y en a pas un qui est le side-project de l'autre, je les considère chacun avec ce que je peux apporter, et ils me permettent de m'exprimer de façon différente ». Ces deux projets résultent de rencontres fortuites, mais où le batteur s'est révélé à chaque fois comme essentiel. « Pour Zak, c'est en allant acheter mes baguettes à Musikland Store que l'on s'est croisé. Il m'a invité le soir-même à le rejoindre chez Jules et Madeleine au Clair de Lune et ça a matché », il devint ainsi le premier collaborateur du texan dans ce qui allait devenir la version européenne de son groupe. 

Quasiment le même son de cloche pour Yokatta Bros, « on m'appelle pour aller jouer sur un enregistrement d'un disque live. Je rencontre Stéphane Bihan, un musicien d'une grande rigueur et on se trouve très vite autour des premières notes. Par la suite le disque est devenu une des meilleures ventes du label, je ne suis pas peu fier d'y avoir participé ». Le contrebassiste Stéphane Bihan tout comme Lucas Boudina, sont cités en exemple par Julien comme des musiciens avec lesquels il se sent à l'aise, « j'estime que je suis là pour sublimer les chansons tout en restant dans l'ombre. C'est mon caractère, je suis à leur service ». De ces deux formations, Julien en parle comme une grande famille, « dont je suis heureux de pouvoir en faire le lien entre eux ».

A l'heure où nous écrivons ces lignes, Julien Mahieux est au Texas. Une première traversée de l'Atlantique pour le valenciennois, qui l'amènera à un mini-tour du sud des USA jusque la Nouvelle Orléans. Ceux qui le connaissent savent l'amour qu'il porte pour les Brass Bands et le Dixieland, il sera là dans son élément. « J'ai joué une fois au Tandem avec une section de cuivres, j'en garde un souvenir formidable, et j'aimerai renouveler cette expérience », dit-il se projetant dans ses rêves. 

Il reviendra dans une semaine juste à temps pour un concert à l'Atypic, pour ensuite se diriger vers l'Allemagne. Autant dire que nous étions chanceux de pouvoir le rencontrer pour préparer ce portrait, Julien Mahieux vit sa musique intensément et à chacune de ses précieuses minutes. A la question de savoir si il se considère percussionniste il répond sans détour : « j'utilise tous les éléments d'une batterie, je suis donc un batteur, je ne sais faire que ça ». Une façon de dire qu'être à l'arrière de la scène peut servir à mettre en avant son art.

X.V.  


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