« La jeunesse des autres » sera la vôtre avec l'exposition de Christiane Eisler au CRP

18/03/2026

Aussi vrai que chaque action amène une réaction, la RDA des années 80 a vu l'opposition d'une rigueur d'état contre l'envie d'expression d'une jeunesse, et cette dernière sera dans un cercle vicieux à nouveau oppressée pour rentrer dans les standards imposés. Une mécanique perverse dont a témoigné Christiane Eisler et qui est présentée au Centre Régional de la Photographie dans l'exposition « La jeunesse des autres ». Une fois de plus la structure de Douchy les Mines s'appuie sur ses fondamentaux que sont le besoin d'émancipation, les voyages temporels et géographiques, tout en mettant l'accent sur l'universalité des thèmes. Cachée derrière le rideau de fer, cette jeunesse est peut-être celle des autres, mais 40 ans plus tard elle reste l'affaire de tous.

Sonia Voss, Christiane Eisler et Audrey Hoareau
Sonia Voss, Christiane Eisler et Audrey Hoareau

Jusque 1989, ce qui se passait derrière le mur restait derrière le mur, et les rares expressions qui en sortaient était celles d'une RDA forte et rigoureuse, incarnée notamment par ses sportifs. Par contre, on ne voulait pas de ces crêtes et épingles à nourrices comme bijou, arborées par une jeunesse qui avait soif de liberté, et qui ne trouvera que la répression en réponse. Sport, émancipation et correction, trois aspects qui constituent l'exposition « La jeunesse des autres » de Christiane Eisler visible jusqu'au 31 mai au Centre Régional de la Photographie de Douchy les mines.

« Punk is not dead ». Dès la fin des années 70 et tout du long des années 80, le credo a résonné comme l'affirmation d'un combat contre une société et ses rigueurs imposées. En 2026 le mouvement serait toujours aussi vivant, ou tout du moins son esprit à travers certains témoignages, dont celui de Christiane Eisler. Cette dernière était étudiante à la Hochschule für Grafik und Buchkunst de Leipzig, sous les fenêtres de sa chambre d'étudiante passait cette jeunesse du mouvement Punk. 

Ces derniers chantaient leur rage, dans des compositions sorties des tripes, pas les meilleurs élèves du conservatoire en somme. Christiane avait une approche académique de la photographie, en plein dans son cursus universitaire. Du chaos à l'ordre c'est deux univers qui se sont rencontrés, une confiance mutuelle sans laquelle les portraits et la sincérité saisie sur les clichés n'aurait jamais pu exister.



Pour bien comprendre cette rage qui ne demandait qu'à sortir, l'exposition pensée conjointement avec la commissaire Sonia Voss fait le lien entre les pratiques visuelles et sonores. En effet, des groupes aux noms évocateurs comme L'Attentat qui ne mérite pas de traduction, ou Wutanfall qui signifie « accès de fureur » dans la langue de Goethe, sont en écoute à proximité des photographies avec les paroles retranscrites en français. « Ça me semblait important pour situer un contexte », explique Sonia Voss, « un rappel des protagonistes » pour lesquels Christiane Eisler rappelle leur « dimension politique engagée ».  

L'aspect politique n'échappe à personne, et encore moins au pouvoir en place. Il fallait ne laisser s'échapper cette jeunesse et briser ce mouvement. Ainsi parmi les clichés, deux sont mis côte à côte, pas vraiment en opposition mais comme dans une mise en abîme, où celui qui était surnommé Funny passe de l'habit destroy à l'uniforme, d'une joie de vivre rattrapée par une réalité imposée. 

D'ailleurs, cette illustration du temps qui passe ne s'arrête pas aux murs du CRP, dans l'ouvrage présenté dans la Box en extérieur, vous retrouverez Funny un peu moins marrant dans d'autres clichés qui prolongeront l'empreinte du temps qui passe sur lui.

D'une salle principale punk, la deuxième adjacente met à profit sa promiscuité pour rentrer dans l'intimité des deux autres aspects de l'exposition. Ici « la jeunesse des autres » nous emmène dans l'envers du décor, et ses maisons de redressements pour jeunes filles. Le régime de la RDA avec tout ce qu'il avait de conventionnel, jusque dans le formatage des esprits. 

Les lueurs des regards des punks sont ici éteintes, les coupes de cheveux normalisées, et l'ambiance perd de sa fantaisie pour témoigner d'une rigueur. C'est ce même état d'esprit qu'on retrouve dans la troisième et dernière partie consacrée aux athlètes. Elle est loin l'idée d'émancipation par le sport, ici les règles du jeu sont perverties pour donner une image d'excellence, une vision de l'être parfait qui rappellerait les heures noires de l'histoire de l'Allemagne des années 30 et 40.

Si l'ensemble de l'exposition est en noir et blanc, c'est aussi pour témoigner d'un accès à la technique de la photographie comme l'a vécu Christiane Eisler dans le Leipzig des années 80. « On avait une belle industrie de la photo et un très bon matériel. Mais la couleur demandait de passer par les laboratoires, avec le noir et blanc c'était l'assurance de pouvoir travailler et développer de façon indépendante ». 

Du thème à la réalisation, c'est la liberté et ses contraintes qui s'expriment dans « La jeunesse des autres », une exclusivité CRP quand on sait que c'est la première exposition hors de l'Allemagne consacrée entièrement à Christiane Eisler.

Si « La jeunesse des autres » de Christiane Eisler vous rappelle une autre exposition du CRP, en l'occurrence celle consacrée à Arlene Gottfried la « singing photographer » présentée il y a pile un an, c'est tout sauf du hasard. « Beaucoup de similitudes », confirme la directrice Audrey Hoareau, « des figures féminines à redécouvrir, et des thèmes communs comme la jeunesse, la liberté, et la rébellion ». 

Et même des fois, les parallèles se font de façon fortuites, car si vous vous souvenez bien, lors de l'exposition sur Arlene Gottfried on pouvait voir un cliché où un couple s'embrassait dans un parc, et exactement au même endroit « la jeunesse des autres » présente un pan de mur au texte qui n'a pas besoin de traduction, un universel « Ich liebe dich ». 

Car d'une oppression et des cris opprimés derrière un mur physique et psychologique, une fissure laisse passer la lumière, comme cette photographie d'une main tendue d'une amie debout à l'autre dans son lit. L'amour et la tendresse se font discrets, mais finiront de compléter le tableau, et c'est peut-être ça aussi l'esprit Punk.

X.V.


Au théâtre d'Anzin et à l'espace Barbara, certaines dates de la saison 2026/27 sont d'ores et déjà bouclées et communiquées. Faisons le point sur ces artistes qui viendront près de chez vous à Anzin, Valenciennes et Petite-Forêt.

On vous a déjà évoqué la méthode A Travers Chants. Cette volonté de dépasser le cadre du simple festival en créant des passerelles entre les artistes invités et vous habitants du territoire. Pour ce faire, diverses actions sont menées, allant des interviews radio avec les collégiens de St Saulve, et également des ateliers d'écriture de chansons, ou...

Share