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Droit au but à l'espace Barbara
Utiliser ses mains dans un sport qui s'appelle football ne serait qu'une des nombreuses contradictions du gardien de but. Il est l'ultime rempart, celui qui encaisse dans tous les sens du terme, et on lui attribue cette fameuse solitude. Un personnage en soit, témoin et acteur de l'action qui se déroule, qui a passionné la compagnie Empreintes jusque lui consacrer une création. Ce spectacle, inspiré par la coupe du monde féminine qui s'est joué à Valenciennes et créé sous l'impulsion du CLEA, revient naturellement à Petite-Forêt pour y être présenté ce 1er avril, avec un nom qui sonne comme un cri : Gooaal !

Souvenez-vous en 2019, la France organisait la coupe du monde féminine de football et Valenciennes a accueilli plusieurs matchs. C'est à la même époque que Hartmut Reichel de la compagnie Empreintes était en résidence près de chez vous dans le cadre du dispositif CLEA, « et notre création fut inspirée par cette thématique, qui liait pratique artistique et sport », rappelle le danseur chorégraphe. Des onze joueurs d'une équipe de football, c'est le gardien qui a retenu l'attention, un personnage à dimension théâtrale, presque tragique : « si ses coéquipiers jouent bien, il n'a pratiquement aucun mérite, mais si son équipe perd c'est presque de sa faute ». De là, est née une réflexion sur la psychologie du joueur : « il incarne la résilience, comment on encaisse un échec et faire face ? Comment rebondir derrière ? Des questions que l'on peut retranscrire dans nos vies ».

De cette analyse sont nés les deux personnages de Gooaal! incarnés par Hartmut Reichel et Nicolas Madrecki. L'un est gardien, et l'autre l'était dans une vie antérieure avant de se reconvertir en tant que commentateur sportif, mais ce dernier restera marqué par un match qui le hante encore. Et lorsque le joueur se retrouve blessé, le journaliste se retrouve à le remplacer au pied levé. De ce pitch découle un discours interne, où chaque épreuve amènera le joueur à repousser encore plus ses limites. On comprend ainsi l'utilisation de cette citation attribuée à Hugo Lloris : « L'important, c'est surtout de se relever très vite ».

Pour les besoins de cette création, le bout de terrain correspondant à la surface de réparation est recrée sur scène. Cage, filets, et lignes au sol délimitent cet espace où le goal fait valoir ses droits, ce périmètre qui voit tant de duels gagnés ou perdus. A cette scénographie, ajoutez une structure métallique permettant des envols et acrobaties qui sont devenus la marque de fabrique de Hartmut Reichel. « De la danse aérienne », selon le terme utilisé par le performeur, « cela permet un autre rapport à l'apesanteur et à la pesanteur, notre poids prend une autre dimension et l'espace lui-même est redéfini ». Ce spectacle est présenté tel un conte, car comme le rappelle Hartmut Reichel : « le rôle du gardien est dans le duel, la morale est que l'on doit faire face à la vie ».
« Ce que je sais de la morale, je l'ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vrais universités », disait Albert Camus, une des rares plumes à oser revendiquer son attachement à ce sport de gentlemen pratiqué par des brutes. C'est une autre dualité qui intéresse Hartmut Reichel et sa compagnie, ou comme il le dit : « nous voulons rapprocher les gens qui vont au théâtre de ceux qui vont au stade, et inversement, car souvent on oppose les disciplines et on catégorise leurs amateurs ». Entre le ballon rond et les feux de la rampe il y aurait donc Gooaal !, telle une envolée qui ne prendrait pas de gants, une gymnastique du corps et de l'esprit avec pour seuls filets ceux que l'ont doit protéger.
X.V.
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