Daphné Dauvillier chante les femmes debout à la Grange aux Idées
A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars, de nombreuses programmations mettent en avant les talents féminins. L'occasion de découvrir des artistes qui ont une voix et une démarche essentielle pour s'ouvrir aux questions sociétales. La Grange aux Idées de Estreux s'inscrit dans cette démarche le samedi 7 mars lors d'un double plateau composé de Mathilde Kaori et Daphné Dauvillier . Valexplorer s'est entretenu avec cette dernière dans le cadre de notre semaine consacré aux femmes de culture.

Dans la discographie de Daphné Dauvillier, les femmes sont celles du quotidien, porteuses de leur humanité, avec leurs forces et leurs faiblesses, ou comme le dit le titre de son spectacle ce sont « des femmes debout ».
L'auteure-interprète nous vient de sa Bourgogne et nous donne rendez-vous à la Grange aux Idées de Estreux le 7 mars, soit la veille de la journée internationale des droits des femmes. Un calendrier qui fait réagir Daphné, « est-ce que ça me plaît cette correspondance ? Oui et non, évidemment qu'il faut marquer le coup du 8 mars, mais aussi tout du long de l'année. Le principal intérêt est de relancer les débats ». Plus que des débats, ses chansons ouvrent la discussion, sur la base de témoignages recueillis, « tout ce que j'évoque je l'ai entendu », elle y apporte sa touche avec une note de poésie pour rendre aux questions la possibilité de la langue.

Un exemple concret avec le morceau « C'est que du bonheur » qui parle de ce sujet encore tabou de la dépression post-partum. « Je fais des spectacles dans des crèches, et j'y entends des mamans me dire que ce n'est pas que du bonheur, elles me disent qu'elle ne le voit pas mais c'est même quelque fois l'horreur ».
De ces échanges, la plume de Daphné transpose les témoignages pour chanter « on ne me console pas, on me résonne ». Douter après un accouchement, c'est difficile à exprimer lorsqu'on propage l'idée d'un instinct maternel, « il n'y a même pas la possibilité de pouvoir se planter ».
Vous l'aurez compris, Daphné Dauvillier écoute et retranscrit, dans l'optique de tordre le cou à certains clichés. Prenez la femme couguar, « celle qu'on voit comme entreprenante, j'avais envie de raconter l'inverse ». Car quand l'amour vient frapper à la porte avec un écart d'âge la concernée « se le prend dans la tête ». C'est ce que raconte « C'est bête », une prose qui laisse admettre que les certitudes sont parfois confrontées aux aléas de la vie.
Un répertoire aux portraits pluriels, qui pourtant subissent les mêmes contraintes. Des pressions sur l'âge, l'apparence, « de remarques perfides jusque la hauteur des talons », qui donnent le tempo de « Betty Boop », une pin-up qui n'est pas qu'une vision d'un sexe sur l'autre, les influenceuses et le « body positive » seraient plus négatives qu'elles ne le pensent.

« On a toutes et tous des vies accidentées, mais on continue en réponse à nos blessures. Ça fait des gens plus beaux, plus solides »
« Parler de femmes sans aucune misandrie », nous dit Daphné comme un credo. Car pour elle la notion de patriarcat et ses carcans s'appliquent aux deux sexes. Ainsi en empruntant l'expression de Simone de Beauvoir elle chante « puisqu'on ne né pas femmes », où l'émancipation de l'individu ne saurait pas être une affaire de genre.
Même constat pour « Kintsugi » , inspiré de cet art nippon de la réparation d'objets. « On a toutes et tous des vies accidentées, mais on continue en réponse à nos blessures. Ça fait des gens plus beaux, plus solides ».
C'est Daphné qui a fait la démarche de jouer à la Grange aux Idées. La petite salle d'Estreux est arrivée jusqu'à elle grâce à un effet de bouche à oreilles d'artistes. Quand elle chantera « la vie sans hommes » elle aura forcément une pensée pour son aïeule originaire du valenciennois qui lui a inspiré cette chanson.
Un texte qui nous parle de femmes qui ont dû faire front alors que les hommes étaient au front de la première guerre mondiale. Une parenthèse faite de promesses d'émancipation, de métiers à apprendre par substitution, et de rendez-vous manqués avec l'évolution sociétale quand l'armistice a remit chacun et chacune à sa place.

« Des femmes debout » est plus qu'un tour de chant, on y parle de spectacle grâce à ses ajouts et interludes d'extraits radiographiques, témoignages et lectures de lettres. Un moment composite pour autant de facettes à dévoiler.
Le 7 mars, Daphné Dauvillier partagera la scène avec Mathilde Kaori que les lectrices et lecteurs de Valexplorer connaissent bien. Deux artistes, pour autant de guitares et de répertoires aux moments précieux et humains. Plus d'infos aux liens ci-dessous.
X.V.
Photos: © Vierzonitude et Julie Bricaud
Daphné Dauvillier + Mathilde Kaori
- Samedi 7 mars
- La Grange aux Idées - Estreux
- Entrée libre sur réservation / Chapeau
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