Cabaret de Curiosités : première de la traduction scénique de Hurlevent au Phénix

27/02/2026

Après I Wish I Was présenté dans le contexte particulier de l'année 2020, la compagnie La Phenomena est de nouveau à l'affiche du Cabaret de Curiosités. C'est sur la scène du grand théâtre du Phénix que se joueront les premières de Hurlevent les 4 et 5 mars. Une vision contemporaine de l'œuvre mais aussi de la vie de Emily Brontë, transposée et mise en scène par Maëlle Dequiedt. Pour cette création, la compagnie a su bénéficier d'un soutien avec une résidence et ainsi travailler avec les moyens techniques de la scène nationale. C'est dans ce contexte que Maëlle nous a rencontré entre deux filages, pour nous parler de sa méthode, sa vision, et son attachement à la région et au Phénix.

Lorsqu'un roman classique inspire une création scénique, c'est un exercice qui demande à la fois une maîtrise du matériel originel et l'envie d'y apporter une touche. Le terme « adaptation » serait passe-partout et quelques fois fade comme définition, ainsi on préférera l'expression que nous donne Maëlle Dequiedt, en l'occurrence « traduction scénique ». 

Traduttore, traditore. L'expression qu'on pourrait comprendre en français comme « traducteur, traite », amuse même la metteure en scène en parlant de « vison personnelle ». Car dans l'exercice qui fait passer un texte d'une langue à une autre, le linguiste vient s'interposer entre l'auteur et le nouveau public visé. Ainsi la compagnie la Phenomena et ses axes que sont l'utilisation de musique et l'improvisation dans les étapes de recherche en s'appuyant sur l'absurde, répondrait à la nécessité de la valeur ajoutée pour Hurlevent.

« c'est une histoire de confusion plus que de fusion »

L'unique roman de Emily Brontë est rentré dans la vie de Maëlle Dequiedt à l'adolescence, où elle dit se souvenir d'une empreinte « fascinante ». Depuis des relectures se sont imposées pour aller vers la version scénique, « avec Simon Hatab on travaille le texte comme un matériau ». Une méthode artisanale qui tend à déplacer le curseur de la lecture qu'on pourrait faire du roman : « il y a une interrogation sur la violence ressentie, car ce n'est pas une histoire d'amour, c'est une histoire de confusion plus que de fusion ». 

Maëlle interroge le destin et les motivations de Heatcliff, « cette figure de l'étranger qui nourri une vengeance sur plusieurs générations ». Pour étayer son propos elle nous renvoie aux études de l'écrivain et philosophe Georges Bataille : « d'où vient la soif de vengeance ? C'est une vengeance sociale ».



Même si c'est Maëlle Dequiedt qui nous parle du fond et de la forme de Hurlevent, elle insiste sur le fait que c'est la Phenomena qui porte la création: « je n'aurai jamais imaginé le projet sans l'apport des comédiens ». Car dans la compagnie, on crée sur une base existante, pour aller vers des ajouts d'improvisations, un glanage défini comme une « transformation de l'intérieur, c'est ainsi que la langue se crée ». Une base d'imprévu et de vivant, d'où découle l'absurde qui surgit « de façon naturelle », et également un travail inspiré agrémenté de sources biographiques, « on a cherché dans ses poèmes mais aussi les écrits de cette fratrie fascinante». 

L'autre marque de fabrique de la Phenomena serait dans cette actrice invisible mais tout aussi présente qu'est la musique. Pour la première fois, Maëlle collabore avec Nadia Ratsimandresy, qui a su répondre à la consigne « de la spécificité de l'écoute sur le plateau » pour tendre vers une composition aux couleurs « vintages », notamment grâce à l'utilisation des ondes Martenot, ce cousin du thérémine. En résulte que Hurlevent est habité d'une ambiance « de huis-clos qui n'en est pas un, à ciel ouvert avec une dimension paysage très forte, sombre et prenante ».  

Pour son édition 2026, le Cabaret de Curiosités nous invite selon sa thématique à « chérir l'invisible ». Un énoncé qui peut se décliner, comme ici en l'occurrence pour la compagnie la Phenomena qui serait une mise en lumière des talents du territoire. Car c'est à Douchy les mines que Maëlle et ses compagnons de scène ont décidé d'avoir un pied à terre. 

Une implantation qui aurait des origines liées à l'attention portée par le Phénix et son ancien directeur Romaric Daurier : « on sortait de l'école et on rentrait dans un dispositif de création. Romaric est venu voir le premier spectacle, on a reçu son soutien dès le début ». Une main tendue sur le long terme, en 2026 la Phenomena fait partie du Pôle européen de création Valenciennes-Amiens.

Lorsque nous interrogeons des compagnies sur le contexte des baisses de financements au niveau national et l'effort fait dans les Hauts de France, un constat apparaît que partage Maëlle : « cette région protège, car la culture fait partie de son histoire, on se sent moins impacté à l'échelle régionale mais ça reste une bataille » .

C'est dans ce contexte que Hurlevent et le Cabaret de Curiosités débutent 2026, une création et un festival comme des fers de lance sur un territoire donné, mais ouvert à son époque et au monde. Un coup de projecteur qui revient pour sa treizième édition du 3 au 6 mars, Hurlevent sera joué les mercredi 4 et jeudi 5 mars à 21h. Plus d'infos et réservations aux liens ci-dessous.

X.V.


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