Parole d'auteurs: textes partagés comme l'amitié entre Franck Andrieux et Steve Dalachinsky

16/03/2026

Les langues se délient avec Parole d'auteurs, et ça ne serait pas qu'une expression. Pour sa vingtième édition, le rendez-vous de la poésie partagée organisé par le Printemps Culturel chez OSCAAR recevait Christoph Bruneel qui était venu de sa Belgique avec à la fois le Wallon et le Flamand. Jeudi 19 mars, c'est une édition tout aussi exceptionnelle dans le contexte du printemps des poètes qui se tiendra, et elle mettra à l'honneur pour la première fois un traducteur en la personne de Franck Andrieux. Il viendra partager des extraits de son deuxième recueil dédié à l'américain Steve Dalachinsky. Une soirée qui vous fera voyager de New York à Paris, des soubresauts de la Beat Generation jusqu'aux tempos du Jazz.

« C'est la première fois que nous accueillons un traducteur », nous fait remarquer Johan Grzelczyk, directeur et porteur de projet pour le Printemps Culturel. Une remarque pour nous introduire Franck Andrieux et son rapport à l'œuvre de Steve Dalachinsky, mais qui irait bien au delà du passage d'une langue à l'autre. Car c'est bien une amitié qui a lié les deux hommes depuis leur première rencontre, avec un va et vient entre eux, de New York à Lille, qui serait incarné par la pagination du recueil Épreuve & Erreur à Paris, où chaque texte cohabite dans sa version anglaise et française sur la même page. « C'était une condition que j'ai imposé à l'éditeur », explique Franck Andrieux, « une forme bilingue en vis-à-vis ».

Du traducteur au traître selon la locution italienne, Franck Andrieux ne s'en défend pas, c'est même pour lui l'expression d'un travail en symbiose : « des déplacements troublants mais jouissifs » selon lui, « les mots sont les miens, c'est mon incarnation, tout en gardant l'esprit ». 

Cet esprit est à la fois dans les thèmes abordés que celui désincarné de l'auteur disparu en 2019, pour lequel Franck entretient la mémoire et l'œuvre. Car sans le lillois, les écrits du new yorkais n'auraient jamais traversé l'Atlantique, « je lui demandais pourquoi ses textes n'étaient pas traduits en français et il me répondait que ça n'intéressait personne ». Et pourtant, deux recueils en deux ans à L'Appeau'Strophe éditions, de nombreuses lectures et pour ce qui nous intéresse une invitation par le Printemps Culturel, prouvent l'intérêt grandissant pour cet enfant du Lower East Side de la grosse pomme.



En préparant l'entrevue sur Franck Andrieux, Johan Grzelczyk nous a fait remarquer que l'homme a développé un intérêt particulier pour les auteurs afro-américains voire caribéens, nous lui avons donc posé la question de savoir si c'était dû au hasard ou pas. La réponse apportée fait le lien de façon naturelle entre Steve Dalachinsky et son traducteur et leur attrait partagé pour le jazz. « Depuis sa traversée de l'East river vers le South east, il y a eu ce choc émotionnel et culturel pour Steve. Des rencontres comme avec le piano de Cecil Taylor, il lui a consacré un poème et le musicien l'a ensuite invité à le lire pendant qu'il jouait ». 

D'ailleurs c'est à Paris à l'occasion d'un festival de Jazz que Steve et Franck se sont rencontrés, « il était à l'entrée avec ses livres, je l'ai pris pour un vendeur à la sauvette », une anecdote qui en dit beaucoup sur l'auteur qui savait vivre des clichés du juif des quartiers populaires de New York, fort d'une philosophie de la Beat Generation.  

Ce que l'on sait de Steve Dalachinsky dans les grandes lignes, Franck Andrieux tente l'exercice périlleux de l'entretenir tout en allant au delà des carcans. Au micro de Francine Auger-Rey, on entend le traducteur dire qu'il n'est pas que "le gars qui lit ses poèmes avec des musiciens de jazz". 

Il y a chez Franck cette volonté d'aller au delà de la figure, comme il l'a vécu quand les deux hommes s'invitaient dans leur quotidiens respectifs, « Steve passait de l'hyper intime au mystique ». Un état d'esprit partagé qui fait que le traducteur peut aller au delà de sa fonction première en devenant une extension de son ami.

La soirée Parole D'auteurs du 19 mars à Marly se déroule le lendemain de la sortie officielle de Épreuve & Erreur à Paris. Une primeur qui aura selon Franck Andrieux la forme « d'une poésie de l'oralité faite pour être dite ». Car c'est aussi en sa qualité d'homme de scène que Franck se présentera, « je suis interprète scénique, c'est un atout, je suis un raconteur d'histoires ». 

Une narration qui vous emmènera à la découverte d'un Steve Dalachinsky « tout sauf hermétique dans son œuvre, je vais proposer un parcours et donner des clefs d'entrée vers sa poésie. Car finalement c'est quelqu'un de très accessible, il n'était pas un poète de l'intellectuel ».

Plus d'infos sur la soirée Parole d'auteurs du 19 mars chez OSCAAR au lien ci-dessous

X.V.


A Arenberg comme partout dans la région, terrils et cités corons marquent encore le paysage du passé minier. Mais qu'en est-il de la mémoire ? Serait-elle gravée comme dans la tête des pachydermes connus pour leurs souvenirs impérissables ? C'est ainsi qu'a été pensé Mémoires d'éléphant, une création Art Zoyd Studios en résidence à Arenberg...

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