La poétesse Catherine Lingg peint les mots de manière hybride

15/04/2026

Comme chaque année les poètes sont mis à l'honneur à travers un printemps qui leur est consacré. Pourtant à une époque où la représentation des genres est une norme du langage, on devrait aussi considérer les poétesses dans l'intitulé de l'opération. Le Larousse nous dit que l'emploi de la forme « poétesse » est « normale et bien formée. Elle est toutefois moins employée que poète », essayons de rétablir une parité en s'intéressant à une femme de mots et de proses près de chez nous. En l'occurrence, c'est à Catherine Lingg que nous avons proposé un entretien, pour essayer de mieux connaître la « gorgone », dont les écrits seraient comme un écho à la production de son mari Patrick, plasticien auquel nous tirons notre chapeau.  

Même si le terme hybride est consacré pour définir l'œuvre de Patrick Lingg, il pourrait aussi s'appliquer à l'osmose entre ses productions plastiques et les écrits de son épouse Catherine. En effet, cette dernière propose à travers sa prose un prolongement des œuvres de son mari, et grâce aux réseaux sociaux trouve un terrain d'expression faute d'aborder le monde de l'édition. 

Pour en savoir plus sur ces poèmes qui font tour à tour l'éloge de la sensualité, de l'érotisme, voire des travers de notre époque, nous avons proposé à Catherine Lingg un entretien pour qu'elle puisse exceptionnellement mettre des paroles sur ses mots.

Comme pour beaucoup, Catherine a été initiée à la poésie lors de ses années scolaires. Une découverte d'un modèle d'expression qui a ouvert les champs du possible. La femme se souvient de la jeune fille qui à 14 ans a pour la première fois couché sur papier son inspiration, « mais ma mère a tout détruit, c'était trop adulte selon elle », un signe de maturité et une envie d'aller vers le sensuel était là, il ne fallait pas le brider. 

Mariage au milieu des années 70 avec Patrick, une nouvelle vie commençait, la poésie était bien présente dans l'esprit de Catherine, mais il fallait l'instant pour la formuler. Ce moment de grâce, elle l'a trouvé au couché du soleil, car vous le savez si vous connaissez le couple, il aime le confort de la nuit, envoûtante et riche d'inspiration. Ainsi lorsque Catherine attendait Patrick qui travaillait, c'est un style et une feuille de papier qui étaient ses compagnons. C'est à la même époque dans les années 90 que le peintre va s'imposer avec sa pratique hybride, « je le laissais briller, il était le soleil, et moi la lune ».

« c'est à ça que me sert la poésie, à glisser des sentiments »
Portrait de Catherine Lingg par Arnaud Houtekeete
Portrait de Catherine Lingg par Arnaud Houtekeete

A la question de savoir ce que Catherine pense de l'expression qui dit que derrière chaque grand homme se trouve une grande femme, l'intéressée s'y retrouve, « et ce n'est pas péjoratif à mon sens ». « Osmose et symbiose », ces termes c'est le couple d'une seule voix qui nous les apporte, et quand l'un pose un propos, l'autre le complète. 

Alors si ils font ça dans la vie de tous les jours, c'est d'autant plus naturel que leurs pratiques respectives soient en écho. C'est que Patrick l'aime cette « hystérie passive », celle qui consiste à Catherine de se « mettre à nue » selon ses termes, comme un pied de nez à une réserve dans sa vie de tous les jours. 

Car si Gainsbourg aurait son Gainsbar, Catherine a ce côté « gorgone », on comprend mieux alors quand elle déclare qu'elle « assume dans ses poèmes ce qu'elle ne fait pas dans le privé ». Si vous parcourez ses écrits, des thèmes sont récurrents car forcément en parallèle avec les peintures de Patrick, parmi ceux-ci la sensualité. Quand le peintre met à l'honneur les corps, leurs formes et nous amène à regarder à sa façon le désir, Catherine trouve là un vivier qui lui permet de se libérer, « c'est à ça que me sert la poésie, à glisser des sentiments ».

Catherine et Patrick Lingg en 2017
Catherine et Patrick Lingg en 2017

« Je pense donc je suis, et malgré tout, je suis perdue. Je suis enfermée dans mon corps et je crie, éperdue. Je tape contre les barreaux de ma terrestre réalité. Mon existence me pèse, je voudrais m 'en échapper », des premiers vers d'un poème publié sur ses réseaux sociaux par Catherine le 16 février. Car faute de pouvoir accéder au monde de l'édition, la poétesse a trouvé grâce aux outils en ligne la possibilité de partager son art, « si il y a un moyen d'expression ça sera celui-là », dit-elle satisfaite de vivre une époque où le support permet de diffuser ses écrits. Cela dit, le format livre serait une option qui n'est pas oublié, « mais alors un livre commun avec les reproductions de Patrick et mes écrits », hybride une fois de plus.

Il reste à ce jour un champ que Catherine hésite à explorer, celui de l'expression orale. Ecrire est un « exutoire qui permet de ne pas sombrer » selon ses termes, mais la lecture par l'autre reste une barrière. La poétesse ne ferme pas la porte à l'option de laisser sa voix porter ses écrits, d'ailleurs les soirées Parole d'Auteurs du Printemps Culturel chez OSCAAR à Marly pourraient être le contexte idéal pour ce faire, laissons-lui le temps de mûrir l'idée. D'ici là, on peut lui suggérer d'étudier ce credo que nous a confié Patrick sur la créativité : « on doit faire confiance au vide, et tu te libères du blocage ».

X.V.



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